Rob Marshall (2009)
Avec Daniel Day-Lewis (Guido Contini), Penélope Cruz (Carla), Nicole Kidman (Claudia), Judi Dench (Lilli), Sophia Loren (Mamma), Marion Cotillard (Luisa Contini), Stacy Ferguson (Saraghina), Kate Hudson (Stephanie), …
Ça y est, l’adaptation cinématographique de la comédie musicale Nine, elle-même inspirée du film 8½ de Fellini, est enfin sortie sur les écrans. L’événement est de taille, d’autant que c’est Rob Marshall, déjà à l’origine de l’adaptation plutôt réussie de Chicago, qui s’y est collé.
Les amateurs de la comédie musicale d’origine semblent partagés sur les mérites du film. Il faut dire que le livret a été remanié, que plusieurs chansons ont disparu et que deux nouvelles chansons pas très réussies ont été écrites par l’auteur d’origine, Maury Yeston.
Pour ma part, je trouve cette adaptation raisonnablement réussie.
En premier lieu, il y a cette distribution étonnante. Daniel Day-Lewis, contre toute attente, est parfaitement crédible dans le rôle du metteur en scène italien en crise. On avait été peiné d’apprendre le forfait de Javier Bardem (et on aurait encore plus aimé que le rôle soit tenu par Antonio Banderas, qui avait tenu l’affiche d’une excellente reprise à Broadway en 2003), mais c’est haut la main que Day-Lewis marche dans les pas de Marcello Mastroianni.
Comme d’habitude, Penélope Cruz est superbe. Judi Dench nous régale aussi d’une de ces performances impeccables dont elle a le secret. Quant à Sophia Loren, elle rayonne, tout simplement. Kate Hudson ne démérite pas dans le rôle largement réécrit de Stephanie, bien qu’elle hérite de l’une des chansons nouvelles, une soupe pop intitulée “Cinema Italiano”. Très belle performance également de Stacy Ferguson (alias Fergie, apparemment) dans le rôle redoutable de Saraghina.
On descend de plusieurs crans dans l’échelle du sublime (pour ne pas dire qu’on s’enfonce carrément dans le registre du médiocre) avec une Marion Cotillard qui, en dépit d’un joli minois plutôt bien adapté au look “années 60”, supporte très difficilement la comparaison avec ses co-vedettes. À côté de Penélope Cruz, Judi Dench ou Sophia Loren, elle est à peine visible. C’est malheureusement à son personnage qu’appartient ma chanson préférée, “My Husband Makes Movies”. C’est également elle qui écope d’une nouvelle chanson sans grand intérêt, “Take It All”.
Et puis il y a la réalisation de Rob Marshall. Pour un metteur en scène aussi “jeune” dans son métier, force est de reconnaître qu’il a un sacré sens de l’image. Alors oui, le montage est parfois un peu fatigant avec ses changements de plans incessants. Oui, les images de Guido Contini fonçant dans Rome dans son bolide décapotable ne sont pas d’une folle originalité, pas plus que les images superbes de son arrivée à Anzio sur une route côtière spectaculaire. Mais il y a une vraie unité de ton et d’intention dans les visuels et les numéros musicaux sont, globalement, très bien gérés.
Ah, les numéros musicaux ! Hollywood semble excessivement mal à l’aise avec l’idée que l’on puisse se mettre à chanter et à danser au milieu d’une action dramatique. Au point qu’on se demande pourquoi des producteurs ont encore envie de financer des comédies musicales. Alors, comme dans Chicago, le scénario imagine des subterfuges — pas toujours totalement compréhensibles — pour éviter aux comédiens de se mettre à chanter comme ça, sans raison apparente. Ça fonctionne raisonnablement bien, même si certains personnages sont mieux servis que d’autres : dans le cas de Luisa, le personnage interprété par Marion Cotillard, on ne comprend pas quel est le prétexte. (Soyons clairs, ce n’est pas de sa faute.)
Le livret a été largement ré-imaginé (par Michael Tolkin et Anthony Minghella) par rapport à la version scénique. Pour ma part, je trouve le résultat convaincant. Il faut reconnaître que le livret original, qui est un petit bijou, a un côté surréaliste parfaitement acceptable sur scène mais qui aurait pu poser problème une fois porté à l’écran. Certains ont monté en épingle une réplique assez crue donnée à Penélope Cruz : vue en contexte, elle ne me choque pas du tout. Au contraire.
Ce qui m’a le plus gêné, au fond, ce sont les deux chansons nouvelles, vraiment peu intéressantes, ainsi que les nouvelles orchestrations des chansons conservées. La plupart du temps, la version originale sonne beaucoup mieux. La disparition de l’ostinato de clavecin dans l’accompagnement de “My Husband Makes Movies” est de ce point de vue assez criminelle.
Dans l’ensemble, je rejoins donc le camp de ceux qui sont convaincus par cette adaptation cinématographique… et il me tarde de savoir si Rob Marshall a d’autres projets dans ses cartons.
Mon accompagnatrice, qui ne connaît rien de la comédie musicale Nine, m’a posé une très bonne question à la sortie du film : mais pourquoi est-ce que ça s’appelle Nine ? Compte tenu des coupes effectuées, la référence à l’âge qu’avait le personnage principal lors d’épisodes déterminants de son enfance est à peine compréhensible.

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