Puccini (1896). Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après le roman Scènes de la vie de bohème, de Henry Mürger.
Orchestre et chœur du Bayerische Staatsoper, Asher Fisch. Avec Anja Harteros (Mimì), Vittorio Grigolo (Rodolfo), Elena Tsallagova (Musetta), Levente Molnár (Marcello), Christian Rieger (Schaunard), Christian van Horn (Colline), Alfred Kuhn (Benoît), …
Quelle excellente idée de la part de Dominique Meyer que de faire venir à Paris, le temps d’une représentation en concert, la troupe qui représente actuellement la production de La Bohème signée par Otto Schenk à l’Opéra de Munich. Enfin pas tout à fait à l’identique, puisque le rôle de Rodolfo est tenu à Munich par Massimo Giordano ; c’est Joseph Calleja qui était annoncé dans le programme de saison, mais il a la fâcheuse habitude de décommander chaque fois que je dois le voir (je pense le coincer enfin dans trois semaines). Du coup, le rôle principal masculin est tenu par l’énergique Vittorio Grigolo, que les Français ont découvert dans Traviata à Orange il y a quelques mois.
Comment décrire l’impression de perfection qui a traversé la représentation ?
Quel bonheur d’entendre l’orchestre du Bayerische Staatsoper interpréter de manière aussi incandescente la partition de Puccini ! On se régale d’entendre aussi bien les détails de l’orchestration grâce au positionnement de l’orchestre sur la scène. La direction d’Asher Fisch est exemplaire : non seulement elle accentue parfaitement les épisodes dramatiques, mais elle sait s’adapter aux chanteurs, se faisant plus lente pour permettre à certains d’illustrer leurs talents interprétatifs.
Et quels talents ! Anja Harteros, que j’avais trouvée “sublime” dans le Lohengrin de Munich en juillet dernier, est une Mimì bouleversante et superbe. Sa musicalité superlative, son charisme étonnant, sa classe, en un mot, sont fascinants. C’est une étoile de premier ordre, une Moffo ou une Tebaldi en puissance.
Elle est excellement entourée. Grigolo, un ténor très attachant, ne se ménage pas, au point qu’on pourrait craindre un “syndrome Villazón”. La Musetta d’Elena Tsallagova a un chien fou et le Marcello de Levente Molnár est un bonheur — c’est étonnant à quel point la voix de ce garçon ne correspond pas à l’intuition que son physique imposant pourrait produire.
On se réjouit de voir tout ce beau monde aussi bien en phase : l’attention collective aux détails et à l’intensité de l’interprétation est étonnante. Un orchestre sur scène, trois chaises et des chanteurs à l’avant-scène : qui eût cru que des moyens aussi modestes puissent produire un tel impact ?
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