André Messager (1907). Livret : Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers, d’après Le Chandelier d’Alfred de Musset.
Orchestre de Paris, Louis Langrée. Mise en scène : Denis Podalydès. Avec Joseph Kaiser (Fortunio), Virginie Pochon (Jacqueline), Jean-Marie Frémeau (Maître André), Jean-Sébastien Bou (Clavaroche), Jean-François Lapointe (Landry), Philippe Talbot (Lieutenant d’Azincourt), Jean Teitgen (Lieutenant de Verbois), Sarah Jouffroy (Madelon), Jérôme Varnier (Maître Subtil), Éric Martin-Bonnet (Guillaume), Clémentine Margaine (Gertrude),…
Une question m’a obsédé pendant la représentation : pourquoi représente-t-on des ouvrages de quinzième zone comme Simon Boccanegra plusieurs douzaines de fois par saison alors qu’un chef d’œuvre comme Fortunio ne sort de l’ombre qu’une fois tous les vingt ans (et encore) ?
La partition de Messager est un concentré de bonheur : l’invention mélodique est étonnante, le langage harmonique, plein de surprises, est d’un irrésistible charme et l’orchestration, reposant sur une instrumentation originale et inspirée (ah, ces cors !), suscite une suite presque ininterrompue de frissons. Mais est-ce étonnant, au fond, d’un homme aussi passionné par Wagner ou Debussy que par la musique légère de son époque ?
Quel plaisir, aussi, de voir les talentueux musiciens de l’Orchestre de Paris aussi engagés au service de la partition, sous la conduite éclairée d’un Louis Langrée manifestement très à l’aise dans ce répertoire ! Idéalement placé au premier rang, j’ai passé deux heures délicieuses grâce à une partition qui — notamment pendant le premier et le quatrième actes — semble surfer de sommet en sommet.
La mise en scène de Denis Podalydès est dans le bon ton. L’élégant décor d’Éric Ruf est un peu froid, mais il parvient à faire oublier le relatif manque de profondeur de la scène. Les costumes de Christian Lacroix se positionnent sur un registre plus chaleureux. Jolie distribution dans l’ensemble, même si la tentation du cabotinage n’est jamais complètement absente chez certains.
Au moins, la partition est traitée par tous avec les égards qu’elle mérite et le résultat est rien moins qu’époustouflant.
"pourquoi représente-t-on des ouvrages de quinzième zone comme Simon Boccanegra plusieurs douzaines de fois par saison alors qu’un chef d’œuvre comme Fortunio ne sort de l’ombre qu’une fois tous les vingt ans (et encore) ?"
Ah, ça... On est sans doute nombreux à se poser la question. Et sans compter celles-ci qui ne sont pas encore sorties et ne sortiront jamais de l'ombre ou des oubliettes... Notamment combien d'autres Messager (La Basoche, Béatrice, Madame Chrysantheme...) ?
Langrée peut être à l'aise avec cette partition puisqu'il était l'assistant de Gardiner à Lyon, lors de la re-création il y a 20 ou 25 ans... Il l'a même sans doute dirigé à cette occasion.
Rédigé par : Ouf1er | 28 décembre 2009 à 00:35