Menier Chocolate Factory, Londres • 29.11.09 à 15h30
Musique : Cy Coleman (1966). Lyrics : Dorothy Fields. Livret : Neil Simon.
Mise en scène : Matthew White. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Tamzin Outhwaite (Charity Hope Valentine), Josefina Gabrielle (Nickie/Ursula), Tiffany Graves (Helene), Mark Umbers (Charlie / Vittorio Vidal / Oscar Lindquist), Jack Edwards (Herman), Paul J. Medford (Daddy Bruebeck)…
Question n° 12 du test de geekerie ès comédie musicale : combien de comédies musicales représentées à Broadway ont-elles été inspirées par un film de Fellini ?
- Il y a d’abord eu Sweet Charity en 1966. Inspirée par Les Nuits de Cabiria, cette comédie musicale est dotée d’une sublime partition de Cy Coleman. Elle est entrée dans l’histoire grâce à la mise en scène et à la chorégraphie du génial Bob Fosse. L’héroïne était interprétée dans la production originale par l’attachante Gwen Verdon et dans l’adaptation cinématographique de 1969 par la sémillante Shirley McLaine.
- Puis vint l’adaptation de La Strada, qui fut un échec retentissant (une seule représentation, le 14 décembre 1969) malgré la partition charmante de Lionel Bart et la présence parmi la distribution de la divine Bernadette Peters, qui avait d’ailleurs la chance d’interpréter une chanson somptueuse, “Seagull, Starfish, Pebble”, heureusement préservée sur l’indispensable CD Unsung Musicals par l’irrésistible Judy Kuhn.
- Et puis, en 1982, le rideau se levait sur une comédie musicale inspirée par 8½ qui, pour des raisons de droits, fut baptisée Nine. Dotée d’une partition magistrale de Maury Yeston, elle rassemblait sur scène une brochette hallucinante de vedettes féminines parmi lesquelles notre Liliane Montevecchi nationale. Une reprise de 2003 mettait en vedette le charismatique Antonio Banderas dans le rôle principal. Dans quelques jours, une adaptation cinématographique réalisée par Rob Marshall (déjà responsable du très réussi Chicago) s’installera sur les écrans.
Mais revenons à Sweet Charity. Cette histoire d’une héroïne au grand cœur qui ne veut pas se départir de ses rêves malgré les coups répétés qu’elle reçoit de la vie a inspiré à Cy Coleman une partition bondissante et colorée qui va de sommet en sommet.
Remonter Sweet Charity exige de trouver une comédienne capable de “porter” un rôle particulièrement exigeant : il faut en effet une comédienne charismatique qui excelle dans les trois disciplines du théâtre musical (comédie, chant, danse). Les deux reprises les plus récentes à Londres (avec Bonnie Langford, en 1998) et à Broadway (avec Christina Applegate, en 2005) n’ont pas vraiment convaincu, sans doute en partie pour cette raison.
L’équipe du petit théâtre de la Menier Chocolate Factory tente l’aventure de Sweet Charity. Un défi a priori un peu fou… mais on est à peine surpris de constater que, une fois encore, le résultat est enthousiasmant… à peu près autant que pour la superbe production de Sunday in the Park With George présentée en 2006.
Tout converge pour créer un spectacle irrésistible : un orchestre qui conserve les instruments nécessaires à la mise en valeur des aspects les plus agréables de la partition (jusqu’à cinq cuivres), une mise en scène inventive et bourrée d’idées, une chorégraphie qui sait être originale tout en adressant quelques clins d’œil à la version originale de Bob Fosse… et, surtout, une distribution de très grande qualité, menée par une Tamzin Outhwaite épatante dans le rôle principal.
On ressort heureux, enivré par autant de bonne humeur et envoûté par la musique de l’un des derniers géants de Broadway.
Décidément, c’est dans les petits théâtres londoniens que l’on trouve les spectacles les plus remarquables : après le Annie Get Your Gun magique du Young Vic, ce Sweet Charity est un petit bijou. Une fois de plus, la Menier Chocolate Factory transforme en or tout ce qu’elle touche.
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