Musique et lyrics : Irving Berlin. Livret : Herbert et Dorothy Fields.
Mise en scène : Richard Jones. Direction musicale : James McKeon. Avec Jane Horrocks (Annie Oakley), Julian Ovenden (Frank), John Marquez (Charlie), Liza Sadovy (Dolly), Niall Ashdown (Sitting Bull), Chucky Venn (Buffalo Bill), Eric MacLennan (Pawnee Bill)…
Annie Get Your Gun, créé à Broadway en 1946, fait partie des grands classiques du répertoire de la comédie musicale. La pièce parvint même jusqu’à Paris puisqu’une adaptation française intitulée Annie du Far-West mettant en vedette Marcel Markès et Lily Fayol fut présentée au Théâtre du Châtelet en 1950.
Les reprises sont relativement rares car il est généralement admis qu’il faut une chanteuse “à voix” pour interpréter le rôle principal. Il faut en effet assumer de marcher dans les traces de la créatrice du rôle, la légendaire Ethel Merman, dont la voix faisait trembler les appliques du deuxième balcon sans l’aide du moindre microphone. On ne compte d’ailleurs que deux reprises à Broadway depuis l’origine, l’une en 1966 pour une série limitée de représentations avec la même Ethel Merman et une autre en 1999 conçue sur mesure pour la délicieuse Bernadette Peters (mais qui créa une énorme buzz lorsque Peters fut remplacée après quelque temps par la chanteuse de country Reba McEntire, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle était exceptionnelle).
Le Young Vic prend la tradition à rebours en confiant le rôle d’Annie Oakley à une comédienne très connue en Angleterre, Jane Horrocks, dont la voix est loin d’être l’atout premier (les Français la connaissent au travers du rôle de “Bubble” dans la série télévisée Absolutely Fabulous). Horrocks est une comédienne de grand talent et elle se débrouille fort intelligemment d’une voix limitée. Quant au premier rôle masculin, il a été confié à Julian Ovenden, un chanteur habitué des scènes de comédie musicale, vu pour la dernière fois dans Marguerite. Sa voix est un peu nasale — un résultat, peut-être, des efforts pour “copier” l’accent américain —, mais il possède un charme considérable.
C’est que cette production brille par sa créativité et son inventivité. La mise en scène a été confiée à Richard Jones, un metteur scène capable du meilleur comme du pire. Même si certaines images scéniques peuvent paraître curieuses en raison d’un certain mélange stylistique, les contraintes inhérentes au travail dans un théâtre de taille moyenne obligent à trouver des idées originales qui, pour la plupart, font mouche.
Mais c’est la musique qui réserve les plus grandes bouffées de plaisir. Les contraintes d’espace et de budget interdisent en effet l’utilisation d’un orchestre. Là où certains se seraient retournés vers un ou plusieurs synthétiseurs, le merveilleux arrangeur Jason Carr a décidé d’adapter la partition pour quatre pianos droits, placés au pied de la scène. Dire de ses arrangements qu’ils sont sublimes ne rend qu’imparfaitement justice à l’état de bonheur permanent dans lequel je me suis trouvé pendant la représentation. À ces polyphonies pianistiques répondent d’ailleurs des polyphonies chorales tout aussi magnifiques. Il est impossible de résister à tant de beauté.
Du coup, le premier réflexe, en sortant est de reprendre un billet pour entendre à nouveau cette merveille, quitte à sacrifier un spectacle déjà planifié.
Motivée par ce commentaire plus qu'élogieux, je reviens tout juste de la réprésentation d'Annie Get Your Gun au Young Vic...
J'ai eu le même réflexe que vous : essayer de trouver un billet pour pouvoir revoir le show avant de repartir... malheureusement il est complet...
C'est une des meilleures comédies musicales que j'ai pu voir depuis longtemps... Les pianos m'ont enchantés, la taille humaine du théâtre aussi... Et la distribution est extraordinaire... Je regrette que cette adaptation ne sera pas conservée en vidéo tant j'aurais eu plaisir à me la revisionner...
Moi qui avait certes vu le film, mais connaissais que les 3-4 chansons principales, j'ai été charmée par les numéros... Je vais me replonger dès demain dans mes albums...
Tant que j'y suis, merci pour toutes ces critiques de spectacles... Très instructives et qui font voyager...
Rédigé par : Maragwondaleya | 11 décembre 2009 à 02:52
> Je suis vraiment heureux que vous ayez aimé le spectacle… et je suis presque surpris de me découvrir un tel pouvoir de prescription. Un conseil, si je puis me permettre : allez voir Sweet Charity à la Menier Chocolate Factory. Ce n’est pas un, mais plusieurs billets que vous aurez envie de racheter en sortant…
Rédigé par : Laurent | 12 décembre 2009 à 03:11
Sweet Charity...
Effectivement avant de partir j'ai essayé d'avoir une place mais tout avait déjà été vendu. :( Maintenant en lisant votre post sur la production, je me rends compte que j'aurais peut-être du m'y prendre plus tôt :) Il n'y a qu'à espérer que la production soit reconduite l'année prochaine ou fasse l'objet d'un transfert...
D'ailleurs quelle coïncidence, j'ai vu Annie Get Your Gun le 11, vous êtes retourné le voir le 12... J'ai joué à la loterie pour voir Legally Blonde le 12 (soirée) et j'ai pu avoir une place, vous y étiez à la matinee... Tout le monde se retrouve à Londres à ce que je vois...
Rédigé par : Maragwondaleya | 14 décembre 2009 à 18:10
> C’est tellement facile de sauter dans un Eurostar le week-end… Sweet Charity mérite vraiment un transfert dans le West End. Si la crise n’a pas encore ruiné tous les producteurs, la probabilité me semble élevée que ça se concrétise.
Rédigé par : Laurent | 18 décembre 2009 à 01:17