Staatstheater am Gärtnerplatz, Munich • 11.7.09 à 19h30
Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw. Adaptation en allemand : Robert Gilbert.
Je me répète, mais ce n’est plus à New York et à Londres que l’on a désormais la chance d’entendre les chefs d’œuvre du répertoire interprétés comme ils ont été écrits, en particulier avec un effectif orchestral correct. J’avais déjà eu le plaisir d’entendre la sublime partition de Frederick Loewe dans de bonnes conditions à Vienne il y a un peu plus d’un an, mais dans une mise en scène qui ne m’avait pas convaincu. C’est une bien autre histoire avec cette magnifique production munichoise, au répertoire du vénérable Theater am Gärtnerplatz depuis vingt-cinq ans, qui est représentée une demi-douzaine de fois chaque saison et dont c’était la 211ème représentation.
My Fair Lady présente pour les metteurs en scène une difficulté particulière due aux nombreux changements de décors nécessaires. Cette production règle très joliment la question avec un joli décor circulaire monté sur une tournette qui lui permet de se positionner rapidement dans un nombre impressionnant de configurations différentes. Certes, le décor commence à montrer son âge, mais cela n’empêche pas les visuels de frapper par le soin apporté à leur composition.
La mise en scène d’August Everding est d’une précision et d’une fidélité qui contrastent nettement avec les approximations ou interprétations auxquelles nous sommes malheureusement trop habitués. Elle m’a particulièrement réjoui avec quelques idées originales : la diva qui quitte l’opéra par la sortie des artistes dans la première scène avec un chapeau en forme de cygne (l’œuvre à l’affiche, il va sans dire, est Lohengrin) ; Eliza qui s’évente après “The Rain in Spain” avec le fameux éventail chinois qu’elle a envoyé chercher en s’installant chez Higgins (évoqué dans une scène à Covent Garden) ; Eliza encore qui quitte le 27A Wimpole Street avec la cage à oiseau qu’elle a également récupéré parmi ses anciennes affaires.
Le soin apporté à la direction d’acteurs est remarquable, dans la droite ligne de la tradition allemande. Marianne Larsen maîtrise magnifiquement le rôle d’Eliza. Le seul petit hic, c’est qu’elle est un peu âgée et que cela rend certains passages un peu curieux ; j’avais déjà vu Larsen dans ce même théâtre interpréter le rôle de Mrs. Lovett dans Sweeney Todd, qui me semble plus dans la bonne tranche d’âge pour elle.
Le plus grand bonheur de cette production réside dans l’interprétation irréprochable de la musique par un excellent orchestre d’au moins 35 musiciens. La direction musicale de Henning Kussel donne rythme et caractère à une partition de très grande qualité et met particulièrement en valeur les nombreux bonheurs d’une orchestration opulente et généreuse en contre-chants. Le chœur résident du théâtre fait également un très bon travail, notamment dans “Take Me to the Church on Time”, dont l’écriture à plusieurs voix présente parfois une difficulté pour les interprètes.
C'est étonnant d'imaginer le sage sérieux vétéran August Everding lâchant Wagner pour Loewe...
Et c'est plutôt rassurant.
Ton compte rendu donne envie de voir la prod !
Rédigé par: Christophe Mirambeau | 21 juillet 2009 à 15:56
> Ça alors… J’ignorais tout de ce metteur en scène et je n’avais pas eu la curiosité de faire des recherches avant que tu ne laisses ton commentaire. Il y a une intéressante interview de lui ici.
Rédigé par: Laurent | 26 juillet 2009 à 01:58