Nationaltheater, Munich • 12.7.09 à 18h
Richard Wagner (1850)
Monumental ! Musicalement, cette production de Lohengrin est un chef d’œuvre. C’est peut-être un peu paradoxal qu’il faille un chef d’ascendance japonaise pour révéler à ce point les couleurs et les tensions de la partition de Wagner, mais le travail de Nagano est époustouflant. À dominante liturgique dans le premier acte, la musique se charge ensuite de passion et son souffle s’enfle progressivement pour livrer des épisodes orageux magnifiques dans les deuxième et troisième actes. L’interprétation de Nagano se caractérise par une totale clarté jamais perdue de vue, même dans les épisodes les plus denses — sauf peut-être à une ou deux reprises lorsque le chœur s’est un peu emballé. Lorsqu’il spatialise les fanfares en utilisant jusqu’à trois emplacements dans la salle, le résultat est saisissant.
Les prestations vocales sont toutes d’excellent niveau. Pour sa prise de rôle, Kaufmann ne fait pas mentir sa réputation du chanteur qui réussit tout ce qu’il touche. Son Lohengrin, assez intériorisé, est un triomphe de subtilité : son timbre sombre convient à merveille au personnage. Plus impressionnants encore, l’Elsa sublime de Anja Harteros et le Telramund magnifiquement tragique de Wolfgang Koch laissent pantois. Je crois que j’aurais pu écouter en boucle les vingt premières minutes du deuxième acte tant Nagano et Koch se sont surpassés dans l’intensité tragique. L’Ortrud de Michaela Schuster (déjà croisée en Fricka) est solide, mais ses aigus légèrement stridents m’ont empêché de l’apprécier autant que les autres.
Reste la mise en scène. Ah, la mise en scène. Les Munichois sont pourtant habitués à des transpositions curieuses, comme ce Rigoletto transporté dans l’univers de La Planète des singes ou encore ce Vaisseau fantôme dont les femmes font du vélo d’appartement. Mais il faut reconnaître que cette mise en scène de Richard Jones dépasse un peu les limites de la quantité de n’importe quoi acceptable sur une scène d’opéra. Il y a eu des tentatives de huée, mais l’occasion ne se présentait guère compte tenu de la qualité d’ensemble.
J’ai pourtant de bons souvenirs de Richard Jones, notamment sa mise en scène inoubliable de Juliette ou la clé des songes à Bastille et un joli Lady Macbeth de Mtsensk à Covent Garden, tous les deux en 2006. Il m’avait laissé beaucoup plus dubitatif, en revanche, avec sa vision révisionniste de Hansel and Gretel à New York fin 2007.
Sa conception de ce Lohengrin est indéchiffrable : au début du premier acte, on commence à construire une maison sur scène. Sa construction va progresser au cours des deux premiers actes et elle deviendra, au début du troisième acte, la maison dans laquelle Lohengrin et Elsa emménagent après leur mariage. L’attitude d’Ortrud et Telramund suggère une querelle de voisinage : sont-ils jaloux de ces intrus venus construire juste à côté de chez eux ? Peut-être la maison obstrue-t-elle le panorama qu’ils appréciaient tant depuis la baie vitrée de leur séjour ? Comprenne qui pourra.
Il n’y a qu’un moment réussi dans la mise en scène : l’espèce d’épisode chorégraphique qui sert à figurer le duel du premier acte. Pour le reste, les questions s’accumulent au fil du spectacle : Pourquoi Lohengrin est-il habillé en pantalon de jogging, t-shirt bleu et baskets argentées ? Pourquoi Elsa ne meurt-elle pas à la fin (Ortrud, elle, envisage le suicide) ? Pourquoi ne pas avoir prévu suffisamment de place pour le chœur autour de l’immense maison, de sorte que la scène est littéralement pleine d’une foule bien incapable de bouger d’un pouce ?
L’accumulation d’images scéniques triviales dessert considérablement le propos… et on en est réduit à imaginer ce qu’aurait donné une interprétation d’une telle qualité musicale si elle avait été servie aussi par une conception scénique puissante.
Jolie attention : un CD d’extraits du dernier album de Kaufmann est distribué à la sortie.
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