Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence • 3.7.09 à 17h30
Richard Wagner (1876)
Berliner Philharmoniker, Simon Rattle. Mise en scène : Stéphane Braunschweig. Avec Ben Heppner (Siegfried), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Mikhail Petrenko (Hagen), Gerd Grochowski (Gunther), Emma Vetter (Gutrune), Anne Sofie von Otter (Waltraute), Dale Duesing (Alberich), Maria Radner, Lilli Paasikivi, Miranda Keys (les Nornes), Anna Siminska (Woglinde), Eva Vogel (Wellgunde), Maria Radner (Floßhilde).
La Tétralogie aixoise touche à sa fin. On a l’impression qu’elle a commencé hier, avec un Rheingold mémorable dans la cour de l’Archevêché, alors que le Grand Théâtre de Provence n’était pas encore achevé. Il y a eu ensuite une Walküre de très bon standing et un Siegfried légèrement décevant. C'est peu dire qu'on termine en apothéose, avec un Götterdämmerung qui semble assez insurpassable sur le plan musical.
L’interprétation de la partition par Simon Rattle à la tête d’un Philharmonique de Berlin survolté mérite de rentrer directement dans les annales. Le travail réalisé pour donner sens et relief à la musique de Wagner, sans doute un peu moins brute dans le Crépuscule que dans les épisodes précédents, est ébouriffant. Le travail des musiciens est un bonheur à regarder depuis nos places au centre du premier rang. J’observe avec fascination Emmanuel Pahud (flûte) et Jonathan Kelly (hautbois), que j’ai en ligne de mire : même s’ils ne semblent pas très concentrés, chacune de leurs interventions est un miracle d’intelligence, de sensibilité et d’expressivité. Sans compter les efforts dantesques de Pahud, qui souffle comme un beau diable pour se faire entendre dans les tutti.
Ça n’arrive quasiment jamais, mais je crois qu’on peut dire en toute honnêteté qu’il n’y a pas un seul maillon faible dans la distribution vocale. Le Siegfried de Ben Heppner, qui m’avait pourtant bien déçu l’an dernier, se hisse tellement au-dessus de ce que j’ai pu entendre récemment (du plus lamentable au plus solide) qu’il impose un immense respect. La Brünnhilde de Katarina Dalayman, que j’avais trouvée correcte, sans plus, au Met, est en forme olympique. Les Gunther et Gutrune de Gerd Grochowski et Emma Vetter sont également excellents, tout comme l‘Alberich de Dale Duesing.
Et quelle surprise de retrouver Anne Sofie von Otter, que je n’attendais pas dans Wagner, en Waltraute ! Sa bio indique qu’elle a déjà chanté ce même rôle à Stockholm. Elle se révèle tout à fait adaptée à cet emploi inattendu.
Mais c’est sans doute le Hagen extraordinaire de Mikhail Petrenko qui réalise la performance la plus spectaculaire de la soirée. J’ai vu Petrenko plusieurs fois sur scène, et je crois en avoir toujours pensé du bien, mais jamais il ne m’avait autant emballé. Son Hagen est prodigieux : mielleux et inquiétant, roublard et cruel, grâce à lui, Hagen prend la dimension qui lui revient en devenant le personnage pivotal de ce dernier épisode. Et quelle voix ! Il ne m’arrive que rarement, ces temps-ci, de manifester bruyamment mon enthousiasme lors des saluts, mais c’est bien volontiers que j’ai mêlé ma voix aux bravos qui venaient des étages (le parterre, composé presque exclusivement de VIP, étant bien au-dessus de tout cela).
La mise en scène de Stéphane Braunschweig reste solide et sérieuse. Elle rappelle plus Rheingold que les épisodes suivants et donne largement dans le minimalisme. Si Braunschweig parvient à achever l’opéra sur une belle image forte, comme les précédents, il y a des moments où l’on frôle l’inertie. Mais peu importe lorsque le plaisir musical atteint de tels sommets.
Ce cycle s’achève vraiment sur une note parfaite.
Commentaires