Prinzregententheater, Munich • 13.7.09 à 19h
Richard Strauss (1912). Livret de Hugo von Hofmannsthal.
Sublime et inoubliable !
On sait que Robert Carsen se sent particulièrement en forme lorsqu’il s’agit de représenter le théâtre dans le théâtre, comme en témoignent ses sublimes mises en scène de Capriccio ou des Contes d’Hoffman. Il lui arrive d’ailleurs de rajouter du théâtre dans le théâtre là où le livret n’en prévoit pas, comme dans sa très belle Tosca de l’Opéra des Flandres, ou encore dans Candide. Avec Ariadne auf Naxos, Hofmannsthal et Strauss lui offrent un terrain de jeu idéal… et c’est peu dire qu’il s’en sert avec génie.
On pénètre dans la salle alors que des danseurs s’échauffent et répètent devant une série de miroirs sur la scène éclairée en pleins feux. Dans le “Prologue” et son désordre savamment ordonnancé, Carsen se régale à multiplier les saynètes qui éclairent la psychologie des personnages tandis que l’espace scénique se métamorphose progressivement (frissons de bonheur garantis !) pour accueillir la représentation. Dans l’“Opéra”, tandis que le Compositeur est resté dans la salle pour assister à la représentation de son œuvre, Carsen fait montre d’un génie visuel particulièrement inspiré dans une boîte noire sublimement éclairée pour faire alterner la tragédie d’Ariane (avec des images qui rappellent Pina Bausch) et les aventures comiques de Zerbinetta (avec une mise en scène qui regarde résolument du côté des films musicaux hollywoodiens). Après le duo d’Ariane et Bacchus, traité comme un numéro chorégraphique où chaque personnage traîne une dizaine de “doubles” dans son sillage, Carsen termine sur non pas une, mais deux de ces images somptueuses dont il a le secret et qui prennent violemment à la gorge : le duo d’Ariane et Bacchus se termine alors qu’un énorme cyclo blanc éblouissant symbole de libération se révèle progressivement à l’arrière scène et se rapproche progressivement de l’avant-scène pendant les dernières notes des chanteurs. Puis le rideau se ferme, le Compositeur, qui était resté dans la salle, remonte sur scène et le rideau se rouvre sur une scène vide, avant que les protagonistes de la représentation ne viennent lui faire un triomphe.
Dire que l’on est scié devant autant d’intelligence et d’invention ne rend qu’imparfaitement compte de l’émotion que crée une vision aussi inspirée, aussi cohérente, aussi forte, aussi parfaitement réalisée.
Surtout lorsque le niveau des chanteurs est aussi éblouissant. C’était, je crois, ma première rencontre avec Diana Damrau, dont je comprends parfaitement la réputation : non seulement elle a une voix de rêve qui semble se jouer des redoutables vocalises de Zerbinetta, mais elle est une comédienne naturelle et attachante, bien différente d’une certaine chanteuse française dont chaque geste semble dire “regardez comme je joue bien la comédie”. Avec ses chaussures rouges qui contrastent avec le noir omniprésent de la scène, elle a un charisme éblouissant, notamment lorsqu’elle se retrouve entourée d’un aréopage d’hommes en petite tenue, une scène qui n’est pas sans rappeler le “Ain’t There Anyone Here For Love” avec Jane Russell dans le film Gentlemen Prefer Blondes.
Mais il n’y a pas qu’elle : Adrianne Pieczonka incarne une Ariane magnifique d’intériorité et d’émotion. Burkhard Fritz est un Bacchus noble et imposant. Et Daniela Sindram déchaîne l’enthousiasme mérité du public avec son Compositeur tout en enthousiasme juvénile. Sans compter les trois Nymphes, dont chaque intervention est un pur bonheur.
Direction musicale solide d’un Bertrand de Billy pourtant hué par une partie du public lors des saluts. J’imagine que les Munichois se sentent un peu propriétaires de la musique de Strauss et qu’il doit être difficile de les satisfaire pleinement… Pour ma part, j’ai été transporté par les beautés de la partition.
Et dire que cette représentation n’était pas mon premier choix ! Enfin, la Norma de Gruberova valait aussi sans doute le détour.
Le monde est petit : je tombe dans le hall du théâtre sur un mélomane allemand installé à Paris que j’ai déjà croisé à Londres.
Le monde est bien fait : les billets du Bayerische Staatsoper permettent d’emprunter les transports en commun munichois sans supplément. Comme les billets du Concertgebouw à Amsterdam.
L'ami allemand a aussi assisté au même Lohengrin, qu'il a trouvé fameux, a-t-il fait savoir par mail ;)
Rédigé par : palpatine | 20 juillet 2009 à 11:40
> Oui, on en a parlé… mais il n’a pas vu la même représentation que moi.
Rédigé par : Laurent | 21 juillet 2009 à 02:52
Sais-tu s'il y a eu captation et projet de DVD ?
Rédigé par : Ouf1er | 03 septembre 2009 à 19:09
> Pas à ma connaissance, mais je vais quand même jeter un coup d’œil au cas où…
Rédigé par : Laurent | 04 septembre 2009 à 01:25