Laura Pels Theatre, New York • 20.6.09 à 19h30
Livret : Mark Saltzman. Musique et lyrics : Irving Berlin et Scott Joplin.
Tout ce que je savais de ce spectacle, avant de le voir, c’est qu’il est bâti autour d’une rencontre imaginaire entre Scott Joplin et Irving Berlin, un soir de 1916 à New York. L’idée est pleine de potentiel, mais je ne pouvais m’empêcher de me demander si l’auteur parviendrait à donner de la chair à cette rencontre. Le verdict est sans appel : la pièce est une très belle réussite.
En 1916, Berlin n’a que 28 ans et est déjà le roi de Tin Pan Alley (initialement le surnom de l’endroit où étaient installés les éditeurs de musique populaire, le nom Tin Pan Alley a fini par désigner la musique elle-même) ; ce fils d’immigrés sibériens était déjà devenu l’auteur de nombreuses chansons à succès et s’était associé au compositeur et éditeur de musique Ted Snyder.
Joplin, lui, a vingt ans de plus et il s’approche de la fin de sa vie (il mourra de la syphilis en 1917). Figure tutélaire du ragtime, il a contribué à donner une nouvelle voix à la musique populaire américaine. Il passe les dix dernières années de sa vie à écrire et à essayer — sans beaucoup de succès — de faire représenter son ambitieux opéra Treemonisha. C’est ce qui, dans la pièce, l’amène à la rencontre d’Irving Berlin.
C’est un fort joli texte qu’a écrit Mark Saltzman pour décrire cette rencontre imaginaire. Les deux hommes, en apparence, sont très différents : Berlin est un fils d’immigrés juifs qui n’a jamais étudié la musique et semble obsédé par la réussite commerciale ; Joplin appartient à l’une des premières générations de noirs ayant eu accès à l’éducation et, après une carrière réussie, est obsédé par l’idée de léguer à la postérité une œuvre “sérieuse”.
Les deux protagonistes vont progressivement se découvrir des points communs : leurs débuts ne sont pas si différents, ils ont tous les deux perdu une épouse quelques mois à peine après leur mariage, etc. Sous la plume de Saltzman, ils se découvrent, se questionnent et forment un lien d’estime et de respect.
La pièce est construite de manière non-linéaire et l’on ne peut qu'admirer le travail du concepteur des décors, Beowulf Boritt, qui gère avec virtuosité les nombreux changements de lieux et d’époques dans un mouvement fluide et cinématique.
La musique, bien entendu, est à la fête… et l’on se régale abondamment d’entendre la musique des deux maîtres interprétée à deux pianos dans des arrangements absolument exquis. Bien entendu, les standards abondent… et on apprécie particulièrement d’entendre deux superbes extraits de Treemonisha (qui ne peuvent que convaincre de la nécessité d’aller voir la production annoncée au Châtelet pour la saison prochaine).
Belles prestations de Michael Therriault en Berlin (ça le change de Gollum) et de Michael Boatman en Joplin. On est également fort impressionné par les autres comédiens, qui interprètent tous de nombreux rôles différents. Une belle et inattendue surprise.
The Bottom Line: Irving Berlin meets Scott Joplin: the conceit doesn't only provide an opportunity to hear the great standards of the two masters (exquisitely arranged for two pianos by Michael Patrick Walker), but it also makes for some tight, moving, finely written drama. Great performances on a brilliantly conceived set, which seems able to morph into an endless variety of locales. An unexpected delight.
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