Opéra Bastille, Paris • 18.6.09 à 20h
Le Roi Roger. Karol Szymanowski (1926), livret de Jarosław Iwaszkiewicz et Karol Szymanowski.
Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Avec Mariusz Kwiecien (le Roi Roger), Olga Pasichnyk (Roxane), Eric Cutler (le Berger), Stefan Margita (Edrisi), Wojtek Smilek (l’Archevêque), Jadwiga Rappé (une Diaconesse).
Le nom de Szymanowski est familier à quiconque a étudié le piano, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’entendre son opéra Le Roi Roger, une nouvelle découverte due à la programmation intelligente de l’actuel directeur de l’Opéra de Paris.
Musicalement, cette partition est un régal : intensément dramatique et richement atmosphérique, elle se déroule comme dans un grand souffle continu, avec cependant des épisodes très singuliers, comme les sublimes passages confiés au chœur, qui font pencher l’œuvre du côté de l’oratorio. Le toujours fiable Kazushi Ono réalise un travail d’une grande qualité à la tête d’un orchestre impeccable.
La distribution principale est admirable. Le baryton autoritaire et ample de Mariusz Kwiecien (déjà admiré en Onéguine en début de saison) convient idéalement au personnage de Roger : son interprétation de la scène finale, notamment, m’a tiré des larmes. J’avais déjà croisé Olga Pasichnyk dans un rôle qui ne lui convenait guère ; elle est ici somptueuse de justesse et de charisme. Interprétation remarquable également du ténor Eric Cutler dans le rôle messianique du Berger.
Le Chœur de l’Opéra de Paris mérite une mention spéciale tant sa contribution est essentielle à l’établissement d’une tension dramatique particulièrement jubilatoire. C’est une réussite superlative, un sans-faute sur toute la ligne.
Reste la mise en scène de Warlikowski. Sa plus grosse faiblesse est de trop ressembler à toutes les autres mises en scène de Warlikowski que je connais (L’Affaire Makropoulos et Eugène Onéguine surtout, mais aussi Parsifal). Car les visuels sont plutôt efficaces, à défaut d’être toujours complètement compréhensibles. Il m’a semblé entrapercevoir dans les scènes finales où il voulait en venir, mais partiellement seulement.
Il me semble que je deviens de plus en plus insensible aux mises en scène de Warlikowski, qui ne me font simplement plus réagir, sauf lorsqu’elles vont trop à contre-texte, comme c’est le cas plusieurs fois ici. Dans le deuxième acte, par exemple, Warlikowski montre un Roger en train de se moquer ouvertement du Berger, dont le discours (“Qui m’envoie ? Dieu !”) lui semble risible… alors que sa réplique suivante est “Tes blasphèmes me font trembler de terreur !”
L’apparition de l’équipe de mise en scène pendant les saluts a en tout cas provoqué l’une des plus belles batailles de bravos et de huées auxquelles j’aie assisté à l’Opéra de Paris. Le metteur en scène polonais, de toute évidence, y prenait un plaisir sans égal : il est fait pour s’entendre avec Gerard Mortier…
hmmm...
Rédigé par: gvgvsse | 23 juin 2009 à 23:56
> Mais encore ?
Si tu es sceptique, je te confirme que l’œuvre ne fait pas l’unanimité : mon compagnon d’opéra n’a pas accroché du tout.
Rédigé par: Laurent | 24 juin 2009 à 01:58
Assez en accord avec ton ressenti si ce n'est, ce qui n'est guère un scoop, mon anti-charlatanisme-warlikowskien avéré.
Pour le reste, la musique gagnerait à être décemment mise en scène pour être réellement entendue, car elle était en effet fort intéressante en dépit de certains aspects surchargés par endroits mais justifiés par le propos.
Enfin quant aux chanteurs et à Ono que j'aime beaucoup, rien à redire. Ce à quoi j'ajouterai qu'étant donnée la démise en scène en question : ce fut heureux! :)
Rédigé par: Ariana | 28 juin 2009 à 13:38