Staatsoper, Vienne • 13.6.09 à 19h
Charles Gounod (1859), livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après Goethe.
Direction musicale : Bertrand de Billy. Concept scénique : Nicolas Joel, réalisé par Stéphane Roche. Avec Piotr Beczała (Faust), Soile Isokoski (Marguerite), Kwangchul Koun (Méphistophélès), Adrian Eröd (Valentin), Roxana Constantinescu (Siébel), …
Comme me l’expliquait V. avant la représentation, cette production de Faust a été maudite lors de sa création à l’automne 2008 car le concepteur des décors est décédé en ne laissant que des esquisses et Nicolas Joel, qui devait assurer la mise en scène, fut contraint de déléguer son assistant, Stéphane Roche, après son accident vasculaire cérébral du mois d’août. De fait, la mise en scène n’est pas le point fort de cette production tant elle est statique et désordonnée. Elle ne détonne pas tant que ça sur la scène du Staatsoper, qui ne place pas la barre très haut dans le domaine, mais je me demande bien pourquoi Nicolas Joel a accepté que son nom y reste attaché.
Mais le miracle de cette production, c’est que la qualité de la mise en scène passe presque inaperçue tant l’interprétation est remarquable — à l’exception peut-être du chœur. Je n’avais pas entendu Faust depuis plusieurs années et j’avais oublié à quel point la partition de Gounod est une source d’émerveillement sans fin. Dans la fosse, Bertrand de Billy, comme pour Roméo et Juliette, fait des merveilles : la musique est d’une finesse et d’une sensualité infinies, pleine de caractère, de profondeur et d’inflexions enchanteresses. Grâce à lui, l’orchestre évolue en permanence sur de véritables sommets ; même la fanfare verdienne du quatrième acte parvient miraculeusement à rester subtile.
Sur scène, on se régale de la prestation généreuse d’un Piotr Beczała déjà remarqué en Edgardo dans le Lucia de Zurich et en Duc dans le Rigoletto de Munich. Plus encore, le Valentin d’Adrian Eröd est un régal absolu — il m’avait déjà fait forte impression sur cette même scène dans le rôle de Lescaut dans Manon. Magnifique prestation également de Kwangchul Youn, parfaitement compréhensible de la première à la dernière note, qui campe un Méphistophélès idéal et truculent ; je l’avais déjà remarqué dans le Lucia de Bastille.
La Marguerite de Soile Isokoski est agréable quoique peut-être un peu en demi-teinte, introspective. La soprano finlandaise est moins capable que d’autres chanteuses de projeter une forme de vitalité juvénile qui pourrait contribuer à gommer l’écart d’âge entre l’interprète et son personnage. La voix reste cependant suffisamment claire, surtout dans l’aigu, pour que l’interprétation soit convaincante. Et Isokoski, au moins, chante la totalité du rôle, contrairement à Gheorghiu qui, me dit-on, avait exigé lors de la création de cette production que l’on coupe le sublime air “Il ne revient pas” qui ouvre le quatrième acte.
en cliquant ci-dessous…
![]() |

A la décharge de Verdi, c'est quand même du mauvais Verdi, Gloire immortelle etc.
J'aime beaucoup Beczala aussi, rondeur absolue de la voix, mais sans placidité ; et son répertoire est décidément furieusement varié (Mozart, Gounod, Tchaïkovsky, R. Strauss, Szymanowski...).
Rédigé par: DavidLeMarrec | 17 juin 2009 à 09:39
> Plus Donizetti et Verdi, au minimum. Et Dvořák, en jetant un coup d’œil sur operabase. Polyvalent, le monsieur.
Rédigé par: Laurent | 24 juin 2009 à 02:08