Paper Mill Playhouse, Millburn (New Jersey) • 3.5.09 à 14h
Musique et lyrics: Sherman Edwards. Livret : Peter Stone.
Mise en scène : Gordon Greenberg. Direction musicale : Tom Helm. Avec Don Stephenson (John Adams), Conrad John Schuck (Benjamin Franklin), Kerry O’Malley (Abigail Adams), Lauren Kennedy (Martha Jefferson), James Barbour (Edward Rutledge), Kevin Earley (Thomas Jefferson), Robert Cuccioli (John Dickinson), Aaron Ramey (Richard Henry Lee), Nick Wyman (John Hancock), Kevin Pariseau (Charles Thomson), Griffin Matthews (Courier), MacIntyre Dixon (Stephen Hopkins), Jeff Brooks (John Witherspoon), James Coyle (Caesar Rodney), Tom Treadwell (Lyman Hall)…
1776 est une sorte d’ovni dans le répertoire de la comédie musicale. L’œuvre, créée en 1969, se déroule en effet pendant les jours qui précèdent la signature de la déclaration d’indépendance des États-Unis par le congrès continental, le 2 juillet 1776 à Philadephie, marquant la décision unilatérale des treize colonies en guerre avec l’Empire britannique de créer une nouvelle nation. Les personnages de la pièce sont essentiellement les hommes dont les signatures apparaissent en bas de la déclaration : John Adams (qui deviendra le deuxième président des États-Unis après George Washington), Benjamin Franklin, Thomas Jefferson (le rédacteur de la déclaration, qui deviendra le troisième président), John Hancock, Richard Henry Lee… autant de noms que l’Histoire a rendus célèbres.
C’est une pièce à suspense, qui retrace les débats qui conduisirent progressivement chacune des colonies à se rallier à la proposition promue au premier chef par John Adams et Benjamin Franklin. Le congrès ayant décidé qu’une décision d’une telle importance ne pouvait être prise qu’à l’unanimité, toute résistance aurait été fatale à la réalisation du geste historique, et les choses étaient loin d’être gagnées au commencement des débats. Il faudra ainsi par exemple que John Adams et Thomas Jefferson acceptent de supprimer le passage concernant l’abolition de l’esclavage pour obtenir les suffrages de la Caroline du Sud et de la Caroline du Nord. J’avais beau voir 1776 pour la troisième fois, le suspense est tellement bien géré que l’on retient son souffle jusqu’à la fin, qui constitue une magnifique apothéose dramatique.
En outre, la partition de 1776 est l’œuvre d’un homme, Sherman Edwards qui, bien que de formation musicale (et historique), n’avait jamais écrit de comédie musicale… et n’en écrira aucune autre jusqu’à sa mort. Or c’est une partition splendide, extrêmement savoureuse, qui utilise pas mal le clavecin, et qui sert superbement le propos historique ainsi que le format dramatique. Les lyrics sont également d’une grande qualité, à la fois économes, élégants et efficaces.
Edwards n’est cependant pas le seul artisan de 1776, dont le livret est d’un auteur, Peter Stone, qui, s’il n’avait encore qu’une expérience limitée en 1969, est devenu par la suite l’un des librettistes les plus prolixes de sa génération. C’est sans doute à Peter Stone que l’on doit la dose d’humour introduite dans l’histoire ainsi que certaines idées formelles assez originales, comme les échanges épistolaires de John Adams et de son épouse Abigail présentés sous formes de plusieurs chansons qui se terminent toutes par un motif — une formule de politesse chantée simultanément à deux voix par les deux personnages — qui est l’un des thèmes musicaux les plus beaux et les plus émouvants du répertoire de la comédie musicale.
La production originale de 1776 fut représentée trois ans à Broadway, avant de donner lieu à une adaptation cinématographique particulièrement réussie.
Ce fut donc un grand bonheur pour moi de pouvoir assister à nouvelle production de cette œuvre originale et que j’aime tant… et cela même si le metteur en scène de cette version a eu à mon sens la main beaucoup trop lourde sur la dimension comique. En particulier, le comédien qui interprète le rôle central de John Adams, Don Stephenson, joue sans retenue aucune, toutes voiles dehors, la voix insupportablement nasillarde, à la recherche d’un rire toutes les dix secondes. La pièce, heureusement, y résiste plutôt bien, mais l’intensité du suspense de la dernière demi-heure en souffre quand même.
Il y a heureusement beaucoup de belles performances dans le reste de la distribution, dans laquelle on remarque particulièrement la charmane Abigail Adams de Kerry O’Malley et l’impression Rutledge de James Barbour, qui interprète la chanson la plus remarquable du spectacle, “Molasses to Rum”, qui est une magistrale leçon sur le fameux “triangle” du commerce des esclaves et son intégration dans un mécanisme économique bien rodé.
The Bottom Line: An enjoyable production of a show I love in spite of Don Stephenson’s seriously misguided performance as John Adams. The emphasis on broad comedy does prevent the dramatic tension from building up the way it should in the second act, though. James Barbour and Kerry O’Malley give memorable performances as Rutledge and Abigail Adams.
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