Théâtre Daunou, Paris • 21.4.09 à 20h30
Françoise Chandernagor (1994, d’après son roman de 1981, avec Jean-Claude Idée)
Mise en scène : Jean-Claude Idée. Avec Marie-Christine Barrault.
Encore un voyage dans le temps. Je me souviens avec émotion de ce soir de 1994 ou 1995 où j’ai vu Geneviève Casile interpréter magistralement ce texte si beau de Françoise Chandernagor, cette biographie imaginaire mais amoureusement documentée de Françoise d’Aubigné, devenue sous le nom de Madame de Maintenon l’épouse “secrète” et morganatique de Louis XIV après la mort de Marie-Thérèse d’Autriche.
Manifestement, Chandernagor a été subjuguée par son sujet ; le personnage dont le portrait émerge progressivement de la pièce est une femme irrésistible d’intelligence, de lucidité, de sensibilité. La Françoise d’Aubigné que l’on nous peint est dotée d’une attachante capacité à prendre du recul : surprise chaque fois que les hasards de la vie — et sa propre intelligence — lui permettent de progresser et de s’élever, elle doit bien reconnaître, au lendemain de son mariage au Roi, qu’elle a atteint le sommet. Elle est encore relativement jeune ; cette prise de conscience apparaît comme une cassure ; bien que le texte de la pièce ne s’y attarde pas beaucoup, elle se réfugie alors dans une forme de dévotion religieuse qui l’accompagnera jusqu’à sa mort, postérieure à celle de son époux.
Le texte, fort joliment écrit dans cette belle langue du 17ème siècle, provoque de nombreux coups de cœur au détour d’une formulation fleurie ou d’une observation incisive. Il faut une personnalité hors du commun pour lui donner vie. C’était incontestablement le cas de la formidable Geneviève Casile, impériale dans son approche du texte. Marie-Christine Barrault a un style différent : tout en étant irréprochable dans le service du texte, elle incarne un personnage de chair et d’os aux émotions particulièrement vibrantes. Elle est tout aussi remarquable lorsqu’il s’agit d’incarner les personnages qui croisent le chemin de Madame de Maintenon, dont bien sûr le roi Louis XIV.
Les derniers moments de la pièce sont, du coup, éminemment poignants, lorsque Madame de Maintenon, terrée à Saint-Cyr après la mort du Roi, glisse dans la mort dans un dernier moment d’introspection éclairée.
On peut revoir sur ina.fr l’interview de Françoise Chandernagor par Bernard Pivot dans l’émission Apostrophes du 16 octobre 1981, lors de la publication de L’Allée du Roi. L’émission coûte 5€, mais l’extrait gratuit de 10 minutes permet de voir une bonne partie de l’intervention de Chandernagor.
Oooooooooooooh mais je DOIS y aller !!!!!!!
Rédigé par : Matoo | 22 avril 2009 à 11:24
> Je suis sûr que ça te plaira, en effet. Tu as encore un peu de temps a priori (jusqu’au 6 juin), mais la salle n’était pas très remplie donc je ne parierais pas sur une prolongation.
Rédigé par : Laurent | 23 avril 2009 à 00:07