Opéra de Zurich • 3.4.09 à 18h
Richard Wagner (1870)
Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Robert Wilson. Avec Stuart Skelton (Siegmund), Petra Lang (Sieglinde), Egils Silins (Wotan), Eva Johansson (Brünnhilde), Cornelia Kallisch (Fricka), Matti Salminen (Hunding), Christiane Kohl (Helmwige), Sandra Trattnigg (Ortlinde), Liuba Chuchrova (Gerhilde), Stefania Kaluza (Waltraute), Anja Schlosser (Siegrune), Liliana Nikiteanu (Rossweisse), Irène Friedli (Grimgerde), Wiebke Lehmkuhl (Schwertleite).
J’étais un peu en manque puisque, sauf erreur, ma dernière Walküre remontait à presque un an.
Cette production reprend la mise en scène de Robert Wilson vue au Châtelet à l’automne 2005. Elle est placée sous la baguette du talentueux Philippe Jordan, le futur directeur musical de l’Opéra de Paris à compter de la saison prochaine.
L’effet d’ensemble est décidément mitigé. D’abord, la mise en scène de Wilson fatigue, d’autant qu’elle est sans doute reprise à l’économie, sans travail de fond. Là où on devinait la proximité du maître lors des représentations du Châtelet, on ne voit à Zurich que des chanteurs à moitié convaincus qui ne cherchent plus vraiment à donner du sens aux mouvements et aux postures typiques de Wilson. La lumière, si importante au Châtelet, ne suit pas. Les images manquent de force, quand elles ne sont pas carrément comiques.
Ensuite, on est un peu déçu par ce qui sort de la fosse. Manque de répétitions ? Orchestre un peu limite sur le plan technique ? Les deux premiers actes, en particulier, sont assez brouillons. Jordan entame le prologue du premier acte assez vite, ce qui lui donne un joli caractère. Mais on entend vite quelques pains parmi les vents. Puis le tempo ralentit considérablement, soit pour préserver l’orchestre, soit pour protéger les chanteurs, ou les deux. Toujours est-il que la musique manque étonnamment de clarté et d’allure. Sauf dans le dernier acte, que Jordan dirige en fanfare avec force effets de manche, ce qui donne finalement le résultat le plus probant. (On soupçonne aussi que les répétitions ont dû se concentrer largement sur le troisième acte.)
Sur scène aussi, on reste parfois sur sa faim, bien que l’un des chanteurs domine très largement la distribution, le magnifique Egils Silins, qui interprète l’un des meilleurs Wotan que j’aie vus. Son étonnante puissance naturelle se combine avec de très jolis choix interprétatifs. C’est grâce à lui que le dernier acte permet de finir sur une impression très positive.
Malheureusement, Silins doit donner la réplique à la Brünnhilde éprouvante d’Eva Johansson. Ce n’est pas qu’elle soit franchement mauvaise, mais elle est très inégale, comme à Aix. La voix est souvent stridente dans l’aigu et engorgée dans le médium. À l’inverse de Silins, Johansson semble aller d’effort en effort, chacun plus visible que le précédent. Elle est nerveuse et crispée ; je ne sais pas pourquoi, mais elle me fait penser à Isabelle Nanty. Et c’est elle qui semble le moins à sa place dans cette mise en scène très stylisée.
Quant aux jumeaux incestueux, ils sont médiocres. Le Siegmund de Stuart Skelton est plat, sans énergie. Quant à la Sieglinde de Petra Lang (que je revois donc trois jours après un concert à Pleyel), elle ne se réveille malheureusement que dans le troisième acte — où elle n’a pas grand’ chose à faire. Le grand duo Siegmund / Sieglinde du premier acte ne prend pas du tout aux tripes comme il le devrait. C’est sans doute en partie la faute de Philippe Jordan — on remarque à peine l’arrivée du printemps, par exemple —, mais les deux chanteurs, empêtrés dans la mise en scène de Wilson, en sont aussi largement responsables.
L’ensemble des Valkyries n’est pas très homogène et certaines voix couvrent régulièrement les autres. Il reste, pour notre plaisir, le Hunding aux graves délicieusement vibrants de Matti Salminen (déjà vu en Fasolt) et la belle Fricka fière et charismatique de Cornelia Kallisch.
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