King’s Head Theatre, Londres • 8.2.09 à 15h30
Musique, lyrics et livret : Philip Godfrey. Contributions au livret : Taylor Harris.
Mise en scène : Tim McArthur. Direction musicale : Michael Steel. Avec Anthony Flaum (Casanova), Michelle Whitney, Emma Fenney, Libby Christensen, Shai Matheson, Julia G. Addison, Gemma Morsley, Daniel Sherman, Stuart Simons, Meshell Dillon, Christopher Rorke.
Le King’s Head Theatre est un minuscule théâtre placé à l’arrière-salle d’un pub du quartier d’Islington. Je jette régulièrement un coup d’œil à sa programmation, ce qui m’a permis de voir des œuvres rarement représentées, comme Pageant (une parodie de concours de beauté dans lequel tous les rôles sont joués par des hommes), le merveilleux One Touch of Venus de Kurt Weill, ou encore le délicieux Bless the Bride de Vivian Ellis. Le King’s Head accueille aussi de temps en temps des créations comme The Black & White Ball il y a quelques mois.
Ce Casanova n’est pas à proprement parler une création puisqu’il a déjà été représenté au Greenwich Playhouse. C’est cependant une œuvre récente, écrite par un Philip Godfrey apparemment plus connu dans le monde de la musique classique et du chant choral, bien qu’il ait d’autres comédies musicales à son actif. Après avoir longtemps cherché un sujet qui n’avait pas déjà été traité, Godfrey est “tombé” sur Casanova et la lecture des vingt tomes de ses mémoires l’a convaincu du bien-fondé de son idée.
Et c’est une œuvre finalement assez ambitieuse qui nous est présentée, puisqu’il s’agit de chroniquer, de manière assez linéaire, les aventures de Casanova, du berceau (ou presque) à son lit de mort. À part l’interprète du rôle-titre, les autres comédiens doivent jouer en moyenne trois rôles chacun, compte tenu de la densité des aventures du héros.
L’entreprise était risquée. Avant tout, il faut un comédien hors pair pour être le héros d’une telle épopée. Et il ne quitte presque jamais la scène, ce qui demande en outre de sacrées capacités physiques. Sur ce point, le pari est largement relevé avec Anthony Flaum, un comédien au charme ravageur et à la voix puissante, sorti de l’école depuis moins de trois ans, et dont on est sûr qu’on le retrouvera très prochainement dans un rôle majeur sur une scène du West End.
Le deuxième écueil, c’est le risque de lasser en racontant la vie de quelqu’un dont la principale activité consiste à séduire une femme après l’autre. Le risque de répétition n’est pas mince, comme en témoigne d’ailleurs le semi-ennui qui s’installe toujours pendant le deuxième acte du Candide de Bernstein. De ce côté, on peut considérer que le succès est mitigé, mais que le pire est évité. Le livret parvient en effet à varier suffisamment les épisodes, notamment en y introduisant une galerie de personnages hauts en couleurs, joués pour certains avec une virtuosité impressionnante par des comédiens particulièrement bien — l’ambassadeur de France à Venise joué par Shai Matheson, qui introduit Casanova au plaisir des parties carrées, est un tour de force comique.
Et puis, bien sûr, il y a la nécessité de trouver un style musical qui soit adapté au propos. C’est là que Philip Godfrey s’illustre, car il parvient à construire une voix propre, qui ne cherche pas à copier Andrew Lloyd Webber, Stephen Sondheim ou Jerry Herman. Il a un certain talent pour la mélodie et compose dans un style simple et harmonique qui n’exclut pas des pointes passagères de sophistication. Tout n’est pas inoubliable, mais il y a de très jolis passages, notamment lorsqu’il se laisse tenter à deux reprises par l’écriture à quatre voix (en particulier — et c’est approprié — dans la fameuse scène déjà évoquée de la partie carrée)… ou encore dans le très joli “Requiem” qu’entonnent les chanteurs vers la fin.
C’est donc une œuvre vraiment solide qui est présentée sur la scène du King’s Head Theatre. On est, du coup, presque désolé que l’un des derniers lyrics de la pièce soit peut-être le plus mauvais qu’il m’ait été donné d’entendre depuis des années : “Casanova / You were like a Supernova / And your story is now ova’”. Je ne sais pas ce qui passait par la tête de Philip Godfrey ce jour-là, mais il aurait mieux fait de penser à autre chose.
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