Studio 54, New York • 3.1.09 à 19h
Musique : Richard Rodgers. Lyrics : Lorenz Hart. Livret : Richard Greenberg, d’après l’original de John O’Hara.
Mise en scène : Joe Mantello. Chorégraphie : Graciela Daniele. Direction musicale : Paul Gemignani. Avec Matthew Risch (Joey Evans), Stockard Channing (Vera Simpson), Martha Plimpton (Gladys Bumps), Jenny Fellner (Linda English), Robert Clohessy (Mike), Daniel Marcus (Ludlow Lowell)…
Rodgers et Hart ont écrit certaines des plus belles chansons du répertoire, et pourtant leurs comédies musicales ne sont que très rarement produites de nos jours, en bonne partie parce que leurs livrets sont jugés datés. Les trois qui voient encore la lumière du jour de temps en temps sont On Your Toes (1936), The Boys From Syracuse (1938) et Pal Joey (1940), mais jamais dans leur état original : leurs livrets sont toujours plus ou moins “réécrits”.
C’est le cas de cette reprise de Pal Joey, qui est dotée d’un livret réécrit (en 1992) par l’auteur dramatique Richard Greenberg, désormais connu surtout pour sa pièce Take Me Out, très remarquée à Broadway en 2003. Greenberg reste globalement fidèle au livret original de John O’Hara (Joey utilise éhontément son charme considérable pour obtenir tout ce qu’il veut, même s’il faut devenir l’amant d’une riche femme mariée pour diriger un nightclub comme il en a toujours rêvé), mais il élimine un certain nombre de péripéties et supprime même totalement le personnage de la journaliste Melba Snyder (joué par Elaine Stritch dans la célèbre reprise de 1952 à Broadway). Du coup, la grande chanson de Melba, “Zip”, devient diégétique et est interprétée sur la scène du cabaret de Joey.
Livret réécrit ou non, Pal Joey est un enchantement musical : “I Could Write a Book”, “Bewitched, Bothered and Bewildered”, “Zip”, “Take Him”… les chansons sublimes se suivent à un rythme infernal et, rien que pour cela, toute reprise de Pal Joey est bonne à prendre.
La production est globalement honnête. On remarque particulièrement le joli décor de Scott Pask, qui semble faire un clin d’œil aux films musicaux de la MGM avec son immense escalier en colimaçon et une évocation du métro aérien de Chicago représenté dans une perspective assez inhabituelle. Les costumes de William Ivey Long sont également superbes.
Du côté de la distribution, il y a du bon et du moins bon. Le rôle titre de Joey est interprété par Matthew Risch qui, le soir de la première, n’était qu’un “understudy”. Mais le titulaire du rôle, blessé, a dû se retirer après quelques représentations… et Risch s’est vu proposer le rôle. L’histoire de Broadway est pleine de ces anecdotes sur des membres du chorus propulsés sur le devant de la scène du jour au lendemain. Risch a un charme fou… et c’est un danseur hors pair… mais, comme chanteur, il laisse pas mal à désirer.
(Au passage, le rôle de Joey dans la production originale de 1940 était tenu par un autre bon danseur qui ne chantait pas très bien, un dénommé Gene Kelly, qui allait connaître quelque succès à Hollywood.)
Stockard Channing brille dans le rôle de Vera Simpson, la riche femme mariée qui sait très bien qu’elle fait une bêtise en se laissant charmer par Joey. Elle joue magnifiquement sur le registre de l’auto-dérision. Malheureusement, elle non plus n’a pas une voix extrêmement solide… et c’est bien dommage, car c’est à son personnage que revient le chef d’œuvre qu’est “Bewitched, Bothered and Bewildered”, qui mériterait mieux que cela.
C’est l’autre vedette féminine, Martha Plimpton, qui emporte les suffrages tellement son interprétation du personnage de Gladys est juste, tour à tour touchante et amusante. Et elle ne démérite pas du tout au rayon vocal.
Joli geste de Matthew Risch qui, bien qu’ayant droit “techniquement” au dernier salut puisqu’il interprète le rôle principal, refait saluer Stockard Channing après lui.
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