Théâtre Comedia, Paris • 30.12.08 à 20h30
Musique, lyrics et livret : Jim Jacobs et Warren Casey.
Mise en scène : Jeanne Deschaux et Olivier Bénézech. Direction musicale : Franck Sitbon. Avec Djamel Mehnane (Danny), Cécilia Cara (Sandy), Amélie Meunier (Rizzo), Clémence Mérot du Barre (Frenchy), Virginie Perrier (Marty), Vanessa Cailhol (Jan), David Ban (Kenickie), Fabrice Todaro (Doody), Nuno Resende (Roger), Pedro Alves (Sonny), Olivier Ruidavet (Teen Angel / Vince Fontaine), Fabrice Nemo (Eugene), Alix Briseis (Patty), Caroline Roëlands (Miss Lynch), Audrey Sénesse (Cha-Cha), Isabelle Cramaro, Juliette Sarre, Zoltan Zmarzlik, Alain Tournay, Olivier Morchoisne, Serge Leborgne, Aurore Delplace, Magalie Bernardoni, Yohan Nus.
Tout a commencé en 1972 “Off-Broadway” avec une comédie musicale décalée et vaguement provocatrice sur les préoccupations sentimentales d’un groupe de lycéens à l’époque de l’émergence du rock ’n’ roll, à la fin des années 1950. Comme la pièce rencontre du succès, elle est installée dans un théâtre de Broadway. Cette production originale, bien que n’ayant remporté aucun des sept Tony Awards pour lesquels elle est nominée, se jouera au total huit ans et sera détentrice, au moment où elle fermera ses portes en avril 1980, du record absolu de longévité pour un spectacle de Broadway. (Elle a depuis été rétrogradée à la douzième place, un signe particulièrement frappant de l’allongement de la durée des spectacles à succès.)
En 1978, un film est tiré de la comédie musicale. Il met en vedette John Travolta, Olivia Newton-John et Stockard Channing. Comme il se doit, la partition est remaniée, et de nouvelles chansons font leur apparition. Le film connaît un gros succès.
Grease est devenu depuis l’un des piliers du répertoire de la comédie musicale, et il est rare qu’il n’y ait pas à un moment donné une production en cours à New York (c'est le cas en ce moment, mais le spectacle ferme ses portes le 4 janvier prochain) ou à Londres (c’est également le cas actuellement). Le côté un peu provocateur du spectacle s’est désormais largement estompé, d’une part parce que les temps ont changé, mais aussi et surtout parce que les mises en scène sont devenues généralement très sages, parfois à la limite de la mièvrerie.
Je reconnais n’avoir pour Grease aucune affinité particulière… et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai vu aucune des deux productions actuellement à l’affiche à New York et à Londres. Outre que je ne trouve guère de raison de m’attacher à un spectacle qui ne vaut guère que pour sa musique, j’ai toujours été perturbé par la morale de Grease : la belle Sandy, une fille mignonne, intelligente et sensible, ne se fait réellement accepter par ses amis (et par son petit copain lui-même) qu’au prix d’une transformation en vulgaire pouffiasse grossière et poissarde.
(Le livret original dit, non sans humour [c’est moi qui souligne] : “Sandy enters, now a Greaser’s dream girl. A wild new hair style, black leather motorcycle jacket, skin-tight slacks, gold hoop earrings. Yet she actually looks prettier and more alive than she ever has. She is chewing gum and smoking a cigarette. She slouches casually and French-inhales.”)
Les promoteurs de l’actuelle production parisienne du spectacle se sont lancés dans une entreprise ambitieuse : selon moi, une production de Grease n’est supportable que si elle est suprêmement parfaite, tant le matériau est faiblard. Il faut des chanteurs parfaits et charismatiques, des danseurs éblouissants, des comédiens au timing impeccable.
Ces conditions, malheureusement, ne sont qu’incomplètement remplies, même s’il serait injuste de ne pas reconnaître au spectacle une qualité d’ensemble plutôt attachante. Comme souvent dans les spectacles français, la qualité de la distribution est fortement hétérogène et il y a quelques flottements, quelques défauts de continuité qui agacent surtout parce qu’ils ne seraient pas très difficiles à éliminer… à condition d’obtenir une concentration régulière et sans faille de la part de tous les participants.
Ce qui m’a le plus énervé, dans ce Grease, c’est le choix de ne traduire que certaines des chansons en français… surtout, lorsque comme c’est le cas en l’espèce, on conserve en anglais (sans surtitres !) une chanson aussi cruciale à la compréhension de la pièce que “Summer Nights” ! C’est en gros dans cette chanson que l’on pose toute l’intrigue : la rendre incompréhensible par le public revient à reconnaître implicitement que le spectacle ne se préoccupe aucunement de raconter une histoire.
Je n’ai pas non plus été très convaincu par les chorégraphies (que l’on devine signées par Jeanne Deschaux, même si le programme ne prend pas la peine de le préciser) : je les ai trouvées molles et généralement interprétées sans conviction.
À l’autre extrémité du spectre, j’ai trouvé les comédiens principaux plutôt plaisants malgré quelques défauts. J’ai été particulièrement touché (mais ça me fait la même chose chaque fois) par la façon dont l’excellente Amélie Munier interprète le rôle (en or, il faut le reconnaître) de Rizzo… un rôle qui offre la chance d’interpréter la meilleure chanson du spectacle, “There Are Worse Things I Could Do” (qui devient en français “Je pourrais faire pire que çà [sic]”).
Le public semble particulièrement enthousiaste. Je me demande un peu comment tous ces jeunes connaissent aussi bien la partition. Certes, le film est connu, mais à ce point ?
Ma voisine me fascine pendant toute la représentation : avec ses mains, elle bat une mesure sans rapport aucun avec la pulsation de la musique. Du coup, je vérifie plusieurs fois qu’elle n’est pas en train d’écouter autre chose en douce sur un lecteur mp3… mais aucune trace visible de casque sur ses oreilles !
Une publicité dans le programme semble vouloir confirmer une rumeur qui circulait depuis plusieurs mois : la comédie musicale Victor/Victoria serait programmée dans ce même Théâtre Comédia à compter de septembre prochain.









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