Savoy Theatre, Londres • 27.12.08 à 14h30
Musique : Richard Rodgers (1945). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après la pièce Liliom de Ferenc Molnár.
Mise en scène : Lindsay Posner. Chorégraphie : Adam Cooper. Direction musicale : David Firman. Avec Jeremiah James (Billy Bigelow), Alexandra Silber (Julie Jordan), Lesley Garrett (Nettie Fowler), Lauren Hood (Carrie Pipperidge), Lindsey Wise (Louise), Alan Vicary (Enoch Snow), James O’Connell (Jigger Craigin [understudy/remplaçant]), Diana Kent (Mrs. Mullin), David Collings (Starkeeper)…
Dans son bilan du 20ème siècle, le magazine Time du 31 décembre 1999 choisissait Carousel comme la meilleure comédie musicale du siècle (devant Guys and Dolls et Evita). On peut bien sûr discuter ce choix, mais il ne fait pas de doute que Carousel compte parmi les œuvres majeures du 20ème siècle… même si son dénouement un peu tiré par les cheveux attire généralement des commentaires mitigés.
Carousel est le deuxième fruit de la collaboration entre les géniaux Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, après Oklahoma! et quatre ans avant South Pacific. La production originale à Broadway fut représentée environ deux ans de 1945 à 1947 (tandis qu’Oklahoma! était toujours à l’affiche). Je n’avais vu le spectacle qu’en version de concert au Royal Festival Hall en 2002, aussi étais-je particulièrement heureux d’en voir enfin une véritable production.
Mais je ne m’attendais pas à un tel choc. Non pas en raison de l’œuvre, bien connue et magnifique. Mais parce que cette production, bien que visiblement contrainte par des préoccupations budgétaires, réussit à briller sur absolument tous les plans.
La mise en scène, d’abord, est un régal. Lindsay Posner, qui s’était déjà fait remarquer avec sa très jolie mise en scène de Fiddler on the Roof, réussit à faire des miracles sur la petite scène du (magnifique) Savoy Theatre. Il est en cela grandement aidé par son décorateur William Dudley, dont je pense qu’il est aussi à l’origine des très jolies projections (le programme n’est pas très clair) qui aident à compenser les moyens techniques limités du théâtre. Dès l’ouverture, magnifiquement illustrée visuellement, on sent qu’on va en prendre plein les yeux.
La chorégraphie d’Adam Cooper (l’ancien danseur-vedette de Matthew Bourne, dont nous parlions récemment ici), ensuite, réussit parfaitement à donner de la consistance aux beaux et longs ballets qui jalonnent l’œuvre. (La chorégraphie de la production originale était signée par la mythique chorégraphe Agnes de Mille.)
L’une des grandes surprises de cette production, c’est que l’orchestration réduite par Larry Blank pour un orchestre d’une quinzaine de musiciens est une réussite complète. Blank a conservé les quatre bois, très présents dans les contre-chants, et il donne un rôle passionnant à la harpe. Il doit bien y avoir un synthétiseur pour “épaissir” les cordes, mais les quatre instruments du quatuor à cordes sont bel et bien présents en chair et en os.
Et puis il y a une distribution époustouflante — et pas seulement les rôles principaux — tant elle excelle à la fois dans le jeu, dans la danse et dans le chant. Les ballets sont magnifiques et la plupart des numéros chantés donnent la chair de poule tellement ils sont bien réalisés. Évidemment, on aurait préféré que Lesley Garrett (le seul nom connu de la distribution, dont la biographie rentre à peine sur une page de programme) évite de chanter “la la la” pendant tout un couplet de “June is Butin’ Out All Over” qu’elle avait manifesté oublié — elle n’a pourtant pas un si grand rôle. Encore une fois, le “remplaçant” (understudy) qui assure le rôle de Jigger est tout simplement parfait.
Pour moi, cette production atteint des sommets sur à peu près tous les plans. Elle démontre aussi qu’une production relativement modeste (le théâtre ne contient “que” 1100 places et la scène n’a pas l’air très grande) n’a pas besoin de faire de compromis sur la qualité artistique. Une leçon de théâtre musical.
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