Public Theatre (Newman Theater), New York • 9.11.08 à 14h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : John Weidman.
Mise en scène : John Doyle. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Alexander Gemignani (Addison Mizner), Michael Cerveris (Wilson Mizner), Alma Cuervo (Mama Mizner), William Parry (Papa Mizner), Claybourne Elder (Hollis Bessemer)…
En juillet 2003, le Goodman Theatre de Chicago présentait la première mondiale de la “nouvelle” comédie musicale de Stephen Sondheim et John Weidman, qui s’intitulait alors Bounce. La pièce avait déjà connu une genèse complexe et s’était appelée successivement (si j’ai bonne mémoire) Wise Guys, Gold! et Get Rich Quick. La pièce suivait le destin de deux personnages réels, les frères Mizner : Addison, l’architecte, dont le nom est associé au boum immobilier floridien des années 1920, et Wilson, un escroc à la petite semaine ne survivant que grâce à son charme.
La production avait reçu un accueil mitigé de la part de la presse. Bien qu’ayant aimé certaines chansons, la distribution et la mise en scène de Hal Prince, j’étais assez largement resté sur ma faim. Le problème principal, à l’époque, était qu’on ne savait pas très bien où les auteurs voulaient en venir : s’ils semblaient penser que l’histoire des frères Mizner avait un intérêt, on ne comprenait pas très bien pourquoi… si ce n’est pour leur capacité à toujours rebondir (bounce) quelles que soient les difficultés.
Après une production à Washington, qui n’avait pas plus convaincu, on pensait que Bounce appartenait définitivement à l’histoire. Mais on sentait bien que Sondheim n’était pas prêt à baisser les bras : dans ses interviews, il évoquait régulièrement le travail que John Weidman et lui continuaient à effectuer sur la pièce.
Et voici que, cinq ans et demi après la production de Chicago, le Public Theater de New York nous propose une version revue et raccourcie (1h40 sans entracte) de Bounce… renommé pour l’occasion Road Show. La mise en scène en est confiée à l’Anglais John Doyle, dont je parlais ici, ici et là, et dont je ne pense pas que du bien.
Le résultat n’est pas beaucoup plus convaincant que la première fois. La pièce n’a pas changé tant que ça, même si elle a été rendue plus compacte et si l’un des personnages principaux a été éliminé. Tout va maintenant vite, voire très vite… sauf, bizarrement, dans la grande scène qui décrit la spéculation immobilière qui s’empare de Boca Ratón, qui était déjà trop longue à Chicago et qui semble encore plus longue dans cette nouvelle version. La musique est largement la même, mais une bonne partie des lyrics a été réécrite.
C’est la mise en scène qui m’a semblé plomber le plus la représentation. À Chicago, au moins, Hal Prince avait introduit une bonne dose de comédie en multipliant les clins d’œil au style théâtral du vaudeville. Doyle est beaucoup plus sérieux, et son traitement ne peut que contribuer à mettre le doigt sur le fait que la pièce n’a pas grand’ chose à dire. Il place l’action dans un théâtre complètement vide, devant une espèce de “barricade” qui figure une sorte de compression des objets de la vie deux frères. Les comédiens ne quittent jamais la scène et ils occupent diverses positions sur la barricade au cours de la pièce. Tout cela est lourd et sombre, souvent à la limite du prétentieux… et nullement aidé par le fait que les chansons passeraient presque inaperçues tellement Doyle semble souhaiter les intégrer à l’action, au point que les comédiens, par moments, chantent à peine.
Même la distribution semble en retrait. Si les deux rôles principaux sont confiés à des comédiens très solides, les rôles secondaires, en revanche, se révèlent souvent incapables de gérer les complexités techniques de l’écriture de Sondheim. On a l’impression que la seule priorité de l’équipe créative a été de se concentrer sur l’histoire en reléguant la musique au second plan… alors même que l’histoire seule ne parvient nullement à soutenir l’attention.
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