Donmar Warehouse, Londres • 29.11.08 à 14h30
T. S. Eliot (1939)
Mise en scène : Jeremy Herrin. Avec Gemma Jones (Amy), Samuel West (Harry), Penelope Wilton (Agatha), Hattie Morahan (Mary), Una Stubbs (Ivy), Anna Carteret (Violet), William Gaunt (Charles), Paul Shelley (Gerald), Kevin McMonagle (Downing), Christopher Benjamin (Dr. Warburton), Ann Marcuson (Downing), Phil Cole (Winchell)…
Le nom de T. S. Eliot est connu des amateurs de comédies musicales puisque c’est l’un de ses textes, Old Possum’s Book of Practical Cats, qui a fourni la matière première de la comédie musicale Cats. Eliot (1888-1965) est surtout connu comme poète, mais il était également auteur dramatique et essayiste. Il fut couronné par le Prix Nobel de littérature en 1948.
Le petit Donmar Warehouse, dont les standards de qualité sont particulièrement élevés, propose actuellement une production d’une pièce rarement montée de T. S. Eliot, The Family Reunion. Deux raisons de se réjouir, puisqu’au plaisir de voir une pièce rare se superpose la certitude de vivre une belle expérience théâtrale.
The Family Reunion, c’est un peu trois pièces en une.
Il y a d’abord la tragédie du fils prodige, Harry, qui revient dans la demeure familiale après huit ans d’absence à l’occasion d’une réunion de famille organisée pour l’anniversaire de sa mère. À moitié halluciné, pensant avoir tué sa femme, il va vivre une sorte d’expérience métaphysique dont il ressortira transformé et libéré. Eliot emprunte à la tragédie grecque en faisant des oncles et tantes une sorte de chœur antique et en mettant sur scène trois Euménides — on pense à Giraudoux — qui poursuivent Harry en exacerbant son sentiment de culpabilité.
Puis il y a la comédie noire qui sous-tend la confrontation de tous ces personnages. Même si ce n’est pas le type de comédie qui fait rire à gorge déployée, Eliot s’amuse follement avec ses personnages, en majorité de vieux croutons pour lesquels il ne manifeste aucune intention charitable. Cette intention comique est inextricablement liée au cheminement tragique, qu’elle nourrit et entretient.
Et puis il y a le texte. Eliot écrit dans une forme de vers libre mais répondant à quelques règles formelles et il n’oublie jamais qu’il est avant tout un poète. Par moments, on se laisse complètement emporter par la musique des mots, ce qui est d’autant plus nécessaire que l’écriture devient parfois un peu absconse au point de suggérer un sens plus que de l’énoncer.
Il y a dans tout cela le matériel à une expérience théâtrale forte… et l’essai est largement transformé, tant la mise en scène — aidée particulièrement par les sublimes lumières de Rick Fisher — parvient à créer une atmosphère délicieusement confinée, un huis-clos idéal pour abriter tous ces épanchements.
La distribution est superbe. On est particulièrement séduit par Samuel West, qui parvient à donner une belle épaisseur dramatique à un personnage difficile à incarner tant son texte a tendance à partir fréquemment aux limites du compréhensible. Au cours de son itinéraire tragique, il va être confronté lors de longs dialogues assez difficiles à deux excellentes comédiennes, Hattie Morahan (Mary), mais surtout la magnifique Penelope Wilton (Agatha), une légende de la scène londonienne.
Les autres comédiens servent des textes moins complexes. Au premier rang, Gemma Jones incarne avec brio la mère, Amy, froide comme un glaçon, apparemment incapable d’aimer comme d’inspirer l’amour, gardienne d’une énigme cruciale au déroulement des événements. Les autres comédiens brillent moins sur le plan individuel, mais ils constituent un ensemble parfait pour servir les ressorts plus légers de la pièce.
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