Metropolitan Opera, New York • 8.11.08 à 13h
John Adams (2005). Livret : Peter Sellars.
Direction musicale : Alan Gilbert. Mise en scène : Penny Woolcock. Avec Gerald Finley (J. Robert Oppenheimer), Sasha Cooke (Kitty Oppenheimer), Meredith Arwady (Pasqualita), Richard Paul Fink (Edward Teller), Thomas Glenn (Robert Wilson), Eric Owens (General Leslie Groves), Earle Patriarco (Frank Hubbard), Roger Honeywell (Captain James Nolan).
Cet opéra de John Adams était à l’origine une commande de l’Opéra de San Francisco. Il s’intéresse aux jours, puis aux minutes, qui ont précédé l’essai de la première bombe atomique, surnommée “le gadget” par ses inventeurs, dans le désert du Nouveau Mexique en juillet 1945.
Le premier acte est absolument époustouflant : après une première scène illustrant les doutes et les tensions au sein de l’équipe militaro-scientifique chargée de l’expérience — soutenue par une musique rythmique et angoissée, comme une page de Bernard Herrmann —, la pièce se pare tout à coup d’un souffle lyrique d’une infinie poésie, tandis qu’Oppenheimer et sa femme convoquent Baudelaire pour les aider à méditer sur la vie, l’amour et la mort : ce passage médian pourrait être un envoûtant cycle de lieder. Puis l’angoisse initiale revient au pas de course dans un finale somptuosissime que j’ai déjà évoqué ici, tandis qu’Oppenheimer récite le sonnet de John Donne qui l’a inspiré pour choisir le nom du site de l’expérience, Trinity.
Le deuxième acte est un peu plus poussif, mais en partie parce qu’il semble vouloir rendre compte de cette indescriptible élasticité du temps dont nous avons tous fait l’expérience dans les heures qui précèdent un événement majeur. Il s’ouvre sur deux superbes solos, l’un confié à la femme d’Oppenheimer, Kitty, l’autre, à la gouvernante indienne, Pasqualita, qui chante une magnifique berceuse au bébé du couple. Après une séquence médiane un peu longuette qui évoque le Mahâbhârata, cette légende hindoue qui a inspiré un célèbre film à Peter Brook, la scène finale est celle du compte à rebours qui précède l’explosion. La partition parvient à bien faire monter la tension jusqu’à la dernière seconde, mais on ne se trouve pas à la fin de l’opéra dans le même état nerveux qu’à la fin du premier acte.
Ce n’est ni la faute de la direction musicale impeccable d’Alan Gilbert, le futur directeur musical du New York Philharmonic, ni celle de l’excellente distribution — Gerald Finley, en particulier, est absolument magistral et semble avoir trouvé en Oppenheimer le rôle de sa vie.
C’est peut-être plus du côté de la mise en scène qu’il faut chercher le relatif échec du dénouement final. Le visuel est pourtant plutôt réussi. Le décor figure des cases qui rappellent le tableau de Mendeleev projeté sur le rideau de scène : tantôt ce sont des chanteurs qui y prennent place, tantôt elles sont recouvertes par des stores qui font office d’écran. Les éclairages sont aussi particulièrement réussis (quoique probablement retouchés à cette représentations compte tenu de la retransmission vidéo). Mais on se trouve un peu frustré de ne pas voir tous ces éléments contribuer de manière plus nette à la courbe dramatique du livret. C’est sans doute ce qui explique le relatif échec de la fin de la pièce.
Triste semaine : on apprend coup sur coup le décès d’Yma Sumac et la démission de Gerard Mortier de son poste à la tête du New York City Opera.
quel bonheur. mortier ne nous fera chier ni a paris ni a nyc. je propose sa nomination a l'opera de pyong yang...
Rédigé par: gvgvsse | 09 novembre 2008 à 19:47
> Tu es méchant : il avait des projets intéressants pour le NYCO.
Rédigé par: Laurent | 16 novembre 2008 à 00:47