Théâtre Marigny, Paris • 24.9.08 à 20h30
Peter Shaffer (1973), adaptation en français de Pol Quentin.
Mise en scène : Didier Long. Avec Julien Alluguette (Alan Strang), Bruno Wolkowitch (Martin Dysart), Christiane Cohendy (Dora Strang), Delphine Rich (Esther), Didier Flamand (Franck Strang), Astrid Bergès-Frisbey (Jill)…
J’ai déjà évoqué (ici) cette pièce extraordinaire lorsque je l’ai vue à Londres avec Richard Griffiths et Daniel Radcliffe (une production d’ailleurs reprise ces jours-ci à New York avec la même distribution).
Je dois reconnaître que je ne m’attendais pas à un tel choc. Et ça commençait d’ailleurs assez mal, avec un Gilles Wolkowitch qui passe à mon sens complètement à côté de son personnage, déclamant son texte comme de la tragédie grecque alors qu’il est écrit sur le ton de la conversation, haussant régulièrement le ton pour hurler certaines répliques histoire de montrer qu’il vit intensément son texte et les tourments du bon Docteur Dysart, accentuant certaines syllabes de manière totalement artificielle… bref, la subtilité d’un hippopotame. Les producteurs devraient lui payer un aller-retour pour Broadway afin d’apprécier la merveilleuse demi-teinte d’un Richard Griffiths, qui rend son texte dix fois plus efficace en le hurlant dix fois moins.
Bien que le personnage de Dysart soit sur scène d’un bout à l’autre, cette prestation à contre-sens ne suffit pas à couler la pièce. J’étais en train de méditer sur la tendance des productions françaises à se défier du texte de la pièce au lieu de s’y perdre corps et âme lorsque je me suis rendu compte que la pièce était en train de me prendre à la gorge. Et pas seulement parce que le texte de Shaffer (fort bien rendu par Pol Quentin) est d’une inexorable efficacité. Aussi parce que la mise en scène de Didier Long, que je trouvais un peu chargée dans les premières minutes, s’est progressivement révélée dans tout son génie.
J’ai tellement l’habitude de juger les productions parisiennes à l’aune de critères modestes que je me suis trouvé tout à coup sur une autre planète. Didier Long donne corps à la tension dramatique de manière proprement ébouriffante, en jouant tant sur le rythme de l’action que sur des compositions visuelles absolument superbes. Il est particulièrement aidé sur ce point par les lumières de Laurent Béal, les plus belles que j’aie vues à Paris depuis très longtemps. Les deux culminations dramatiques, dont le paroxysme final, sont d’une force irrésistible et illustrent tellement bien, s’il le fallait encore, la force du théâtre vivant.
L’autre rôle “lourd” d’Equus est celui du jeune Alan Strang, tenu ici de manière irréprochable par un Julien Alluguette inspiré et juste. Il parvient à maintenir d’un bout à l’autre de la pièce un niveau d’énergie étonnant, qui donne parfaitement vie à un personnage complexe et fascinant (et qui, lui, peut légitimement hurler de temps à autre). On est un peu moins convaincu par les rôles secondaires qui, pour certains, n’ont même pas la correction d’apprendre leur texte à fond.
Globalement, je pense que cette production française d’Equus surpasse la mise en scène de Thea Sharrock présentée à Londres puis à New York. Pour reprendre une expression qui n’est pas de mon âge mais que j’aime bien : respect.
Ci-contre le visuel du spectacle de Broadway. Hum… Encore un effet de la mondialisation ?
Derrière moi, une dame souffle à l’oreille de son mari toutes les dix minutes qu’elle ne comprend rien à la pièce. Ce n’est pourtant pas du Pinter. Ce ne peut être le signe, selon moi, que d’une incapacité à écouter vraiment un texte (en l’occurrence relativement clair) de la part d’un public trop habitué aux dialogues de séries télévisées avec leur lexique de 20.000 mots.
Aaaaah ça donne vraiment envie ce que tu dis...
Rédigé par: Matoo | 25 septembre 2008 à 12:18
> C’est un peu fait pour… La salle était malheureusement loin d’être pleine…
Rédigé par: Laurent | 26 septembre 2008 à 00:45
Ar. Mais à quoi voyait-on que certains acteurs n'avaient aps appris leur texte à fond ?
Rédigé par: klari | 29 septembre 2008 à 15:08
> Ils bafouillent… voire, dans un cas, improvisent pour conserver le sens alors que les mots ne reviennent pas.
Rédigé par: Laurent | 29 septembre 2008 à 22:43
"...juger les productions parisiennes à l’aune de critères modestes", tu l'as dit!! Quand je pense que tu as aimé "Les Deux Canards"...Je vais voir Equus vendredi, à moins que je ne me reserve pour Broadway, j'ai peur d'être décu... Je te conseille vivement "The Girl With a Pearl Earing" à Londres, un de mes coups de coeur (avec Zorro, oui! Zorro! 19/20)
Rédigé par: gerald | 29 septembre 2008 à 22:45
> Je vois Zorro le 1er novembre. Pour Girl…, je n’ai malheureusement plus de place…
Rédigé par: Laurent | 29 septembre 2008 à 22:53
Ouch. Moi qui pensais que cela faisait partie du métier, d'improviser sans que cela ne se remarque.
Rédigé par: klari | 30 septembre 2008 à 12:04
Je ne crois pas que le texte soit de Pol Quentin (qui avait écrit la version de 1973). Le texte a été refait pour lee présentes représentations.
Rédigé par: J_P_M | 19 octobre 2008 à 09:39
> L’affiche dit “Adaptation nouvelle : Pol Quentin”. Peut-être le même adaptateur a-t-il remis son ouvrage sur le métier ?
Rédigé par: Laurent | 19 octobre 2008 à 13:54