Festival Theatre, Chichester (UK) • 30.8.08 à 19h30
Musique, lyrics et livret : Meredith Willson (1957)
Mise en scène : Rachel Kavanaugh. Direction musicale : Stephen Ridley. Avec Brian Conley (Harold Hill), Scarlett Strallen (Marian Paroo), Andy Hockley (Marcellus Washburn), Jenny Galloway (Eulalie Shinn),...
La comédie musicale The Music Man fut l'un des grands succès des années 1950 à Broadway. Elle rafla sept Tony Awards en 1958, dont celui de la meilleure comédie musicale et un pour chacun de ses comédiens principaux, Robert Preston et Barbara Cook (même si cette dernière était techniquement considérée comme tenant un second rôle). La production originale tint l'affiche plus de trois ans.
Ce succès peut paraître doublement surprenant. D'une part parce que The Music Man est l'œuvre d'un seul homme, Meredith Willson, qui entreprit d'écrire le livret, la musique et les lyrics d'une œuvre complètement originale (elle ne s'inspire d'aucun roman, d'aucune pièce ni d'aucun film) alors qu'il n'avait pas d'expérience préalable à Broadway. D'autre part parce que 1957/58 est aussi la saison du génial West Side Story, une comédie musicale qui, à plus d'un titre, révolutionna le genre de la comédie musicale.
À y regarder de plus près, The Music Man n'est pas une œuvre aussi traditionnelle que les histoires de la comédie musicale le laissent entendre, emportées qu'elles sont par leur souci d'opposer tradition et modernité. La partition de Meredith Willson est certes composée dans un idiome très traditionnel et américain (inspiré notamment par le style de John Philip Sousa, le "roi de la marche", pour qui Willson joua dans sa jeunesse), mais elle est aussi pleine de surprises rarement vues jusque là sur une scène de Broadway : une "chanson" d'ouverture totalement rythmique et sans ligne musicale, scandée par des représentants de commerce dans un train au rythme des soubresauts de la voiture ; un quatuor vocal a cappella qui interprète des mélodies à quatre voix aux arrangements sophistiqués... ou encore des mélodies apparemment différentes qui, le moment venu, se superposent parfaitement, au service d'un effet dramatique particulièrement réussi.
Pour un coup d'essai, cette première tentative de Meredith Willson à Broadway fut un coup de maître. Il ne réussit d'ailleurs pas à l'égaler par la suite malgré deux autres tentatives (The Unsinkable Molly Brown et Here's Love) nettement moins plébiscitées par le public. Peut-être le secret de ce Music Man tient-il au fait que Willson a puisé dans ses souvenirs d'enfance, une enfance passée dans une ville isolée de l'Iowa, reliée au monde extérieur par la ligne de chemin de fer et le passage des commis voyageurs.
The Music Man, c'est l'histoire d'un homme charmeur, Harold Hill, qui parcourt le Middle West américain pour vendre des instruments de musique et des uniformes en vantant les bienfaits de la création d'un orchestre local. Il a généralement le temps de disparaître au moment où les habitants se rendent compte que les instruments ne font rien si l'on n'apprend pas à en jouer, un domaine dans lequel Hill serait bien incapable de les aider. Seulement cette fois, à River City, Hill rate sa sortie car il est tombé amoureux de la bibliothécaire de la ville, qui est aussi la pianiste locale. Mais il échappe in extremis au goudron et aux plumes lorsque les habitants se rendent compte à quel point son influence a été bénéfique au moral général.
C’est un choix un peu curieux de la part du Festival de Chichester de présenter cette œuvre si américaine mais le résultat est plutôt réussi, même si l’orchestre de douze ou treize musiciens seulement crée quelques frustrations. Je n’avais jamais vu le théâtre complètement rempli : c’est sans doute dû au fait que cette représentation était la dernière… mais aussi aux très bonnes critiques que le spectacle a reçues, à juste titre.
Le succès de toute production de The Music Man repose avant tout sur le comédien choisi pour le rôle principal de Harold Hill. La dernière reprise à Broadway, en 2000, reposait sur le charisme du très sympathique Craig Bierko (qui, malheureusement, semble préférer nettement les charmes de Hollywood à ceux de Broadway). Cette production fait appel à un comédien qui m’avait exaspéré la dernière fois que je l’avais sur scène, dans la comédie musicale Jolson il y une dizaine d’années : Brian Conley. Je dois reconnaître que son tempérament cabotin convient à merveille au rôle et que tout ce qui m’avait énervé à ma première rencontre avec lui contribue plutôt à faire de sa performance un succès.
La distribution secondaire est également très solide, avec notamment une jolie prestation de Scarlett Strallen dans le rôle de Marian la bibliothécaire et, surtout, un irrésistible tour de force comique de la part de la truculente Jenny Galloway dans le rôle d’Eulalie Shinn, la femme du maire de River City et la grande ordonnatrice des divertissements culturels locaux.
Le théâtre en amphithéâtre impose un décor presque fixe, ce qui limite les possibilités de mise en scène… mais conduit aussi à quelques jolies trouvailles, comme celle qui prend les spectateurs par surprise lorsque le “train” de la première scène se met en route pour le numéro a cappella des commis voyageurs.
Encore une jolie réussite du Festival de Chichester. On attend avec impatience le programme de la saison prochaine.
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