Maison européenne de la photographie, Paris • 31.8.08 à 18h30
Annie Leibovitz est sans doute, avec feu Richard Avedon (également à l’affiche à Paris en ce moment), l’une des photographes “people” les plus en vue. Après avoir travaillé pour Rolling Stone, c’est pour Vanity Fair qu’elle exerce désormais ses talents. La photo de John Lennon nu couché contre Yoko Ono (prise quelques heures avant sa mort) ? C’est elle. La photo de Demi Moore enceinte ? C’est encore elle.
L’exposition présentée à la Maison européenne de la photographie (maladroitement logée dans un bel hôtel particulier bien peu approprié) accompagne la sortie d’un captivant ouvrage rétrospectif préparé par l’artiste elle-même et consacré à la période 1990-2005. Elle a été initialement présentée au Brooklyn Museum fin 2006 avant de partir faire le tour du monde.
L’accrochage juxtapose — comme Leibovitz le fait dans son livre — les réalisations professionnelles et des clichés de sa vie personnelle, en particulier des photos de ses parents et de celle qui fut sa compagne avant d’être emportée par un cancer, la romancière et essayiste Susan Sontag. Leibovitz prétend qu’il n’y a pas de réelle frontière entre les images de la sphère privée et les photos de célébrités, mais il est difficile de s’en convaincre en pratique, même si les photos de Sontag ne manquent pas d’exercer une certaine fascination. De surcroît, les clichés familiaux sont présentés dans des petits formats qui ne survivent guère à la proximité des grands portraits sculpturaux (l’expérience est un peu plus convaincante en feuilletant le livre).
On reste également dubitatif devant le choix d’exposer quelques gigantesques clichés de paysages dont on se demande un peu ce qu’ils viennent faire au milieu de tout cela.
Mais il reste ce qui a rendu Leibovitz si célèbre : les sublimes portraits, réalisés dans un curieux et fascinant mélange de spontanéité et de mise en scène, jouant avec virtuosité des contrastes et des couleurs, qui (peut-être plus encore que les portraits d’Avedon) semblent réaliser l’impossible en faisant parler des images fixes. Leibovitz est particulièrement à l’aise dans le monde des artistes — qu’ils soient comédiens, danseurs, peintres, écrivains… — et peut-être légèrement moins convaincante dans le genre plus convenu du portrait d’homme d’état… même si on reste scotché par la douceur qui émane des portraits officiels de la reine Elizabeth réalisés en 2007 (qui ont été indirectement à l’origine d’un violent scandale à la BBC lorsque le montage d’un documentaire consacré à la séance de pose fit penser à tort que la Reine avait quitté les lieux dans une colère noire).
C’est, curieusement, un portrait de Richard Avedon lui-même qui exerce le plus grand magnétisme : il semble littéralement se détacher du mur pour parler au visiteur. Bel hommage de la photographe à celui qui est considéré comme la référence de la photographie de portrait contemporaine.




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