Salle Pleyel, Paris • 25.8.08 à 20h
West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim
Schönberg : Variations pour orchestre, op. 31
Wagner : Die Walküre, acte I (Waltraud Meier, Simon O’Neill, René Pape)
La saison commence un peu plus tôt cette année à Pleyel afin d’accueillir le West-Eastern Divan Orchestra à l’occasion de la dernière étape de sa tournée 2008. Le West-Eastern Divan Orchestra, c’est cette phalange créée par Daniel Barenboim et Edward Said et qui regroupe de jeunes et talentueux musiciens originaires d’un assortiment improbable des pays de ce que l’on appelait autrefois le Levant, puisqu’ils sont israéliens, palestiniens, syriens, égyptiens, libanais et jordaniens.
On ne peut qu’admirer Daniel Barenboim pour la force de son engagement au service d’un idéal de coexistence pacifique au Proche-Orient. On se souvient d’ailleurs d’une belle et vibrante tribune qu’il avait signée dans Le Monde du 5 février dernier. Les jolis propos tenus par Barenboim à l’issue du concert (dans un français irréprochable) ont été chaleureusement acclamés par une salle totalement conquise. Il faut dire que beaucoup de mélomanes parisiens semblent conserver des souvenirs émus de la période à laquelle il se trouvait à la tête de l’Orchestre de Paris.
Autant mon admiration pour Barenboim l’humaniste est sans borne, autant Barenboim le chef d’orchestre ne me convainc que moyennement, comme je l’avais déjà exprimé à l’occasion d’une septième de Mahler pas très enthousiasmante à Berlin.
Les Variations de Schönberg sont interprétées un peu timidement, comme un ensemble de notes isolées jetées au hasard et qui ne se cristallisent jamais en un véritable discours musical.
Quant au premier acte de la Walkyrie, s’il a été l’occasion d’entendre une distribution vocale d’une qualité absolument ébouriffante, il a aussi donné à Barenboim (qui dirigeait de mémoire !) l’occasion de se livrer à de multiples excès stylistiques, de ceux qui contribuent à donner à la musique de Wagner la réputation pompière qu’elle traîne indûment. Dès le prélude, les équilibres sont contestables : les cordes graves qui jouent le thème de la tempête, puis les cuivres qui interprètent celui du tonnerre ne se détachent pas suffisamment dans une masse orchestrale trop compacte et trop chahutée, dominée par des violons en sur-régime. Beaucoup des choix stylistiques qui suivent me paraissent contestables : Barenboim semble rechercher l’effet en exagérant les contrastes, les nuances, les chocs d’une partition qui n’a vraiment pas besoin de cela. L’accélération finale est exagérée, au point que le pauvre ténor n’arrive pas à poser complètement ses “Notung!” et qu’on n’entend pas toutes les notes de la dernière mesure tellement elles sont compactées. Comme dans le Schönberg, le sentiment qui prédomine est celui d’avoir entendu des bribes de discours peu intégrées dans une vision d’ensemble.
On est en revanche sidéré par la maîtrise des chanteurs, notamment d’une Waltraud Meier interprétant les moindres subtilités musicales comme dramatiques d’un rôle qu’elle habite comme rarement un rôle fut habité. (Barenboim, un peu goujat, lui donne des départs, alors qu’il est évident qu’elle pourrait chanter le rôle les yeux fermés et les pieds au mur.) Sans faute, bien sûr, de la part d’un René Pape toujours magnifique… et très jolie prestation de Simon O’Neill, qui réussit à maintenir une jolie dose de subtilité dans un rôle qui peut très vite entraîner dans l’excès.
Les Variations de Schönberg, nous en avions alors discuté, ne m'ont pas plus emballée que toi pour les raisons que tu résumes justement et fort bien.
Absolument en phase au sujet des chanteurs dans la partie Wagner.
L'orchestre, je l'avoue bien volontiers, je n'y ai pas vraiment (pour ne pas dire pas du tout) fait attention, tant j'étais happée par le trio vocal et toute occupée à ne rien manquer des moindres mouvements, inflexions, phrasés et expressions de Waltraud Meier (ceux de René Pape également, cela va de soi).
Je n'ai pas même prêté attention à Barenboïm à vrai dire et ne l'ai pas vu feindre d'avoir à donner des indications à la chanteuse.
Ce devait être risible lorsque l'on y songe que ce soit "lui" qui "indique" Wagner à "elle". :)
Quoiqu'il en soit un très beau moment de chant et de style qui fera mémoire.
Rédigé par : Lea | 27 août 2008 à 18:30