Bayerische Staatsoper, Nationaltheater, Munich • 13.7.08 à 19h30
Eugène Onéguine (1879). Musique de Piotr Illitch Tchaïkovski. Livret du compositeur, d’après Pouchkine.
Direction musicale : Kent Nagano. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Avec Michael Volle (Onéguine), Tatiana Monogarova (Tatiana), Marius Brenciu (Lenski), Guy de Mey (Triquet), Günther Groissböck (Gremin), Elena Maximova (Olga)…
Décidément, l’Opéra de Munich est plein de surprises. Après un Vaisseau fantôme dans lequel Senta ne se jette pas dans la mer et un Rigoletto transposé sur la planète des singes, voici donc un Eugène Onéguine confié à l’inénarrable Krzysztof Warlikowski.
La mise en scène de la première partie est assez indéchiffrable — sauf, peut-être, à se plonger dans d’épaisses notes d’intentions — mais elle se réclame sans erreur possible d’une esthétique purement warlikowskienne. La deuxième partie a le mérite de la clarté : la querelle entre Onéguine et Lenski est d’autant plus violente qu’Onéguine choisit de révéler à Lenski… l’attirance physique qu’il éprouve pour lui. Après la mort de Lenski, Onéguine sombre dans la folie et tout ce qui suit se déroule dans son esprit dérangé, notamment la façon dont il se confronte à ses pulsions homosexuelles. Thématique finalement d’actualité puisque c’était à Munich le weekend de la gay pride (appelée Christopher Street Day).
Assez forte déception sur le plan musical et vocal, à commencer par un Kent Nagano qui a l’air ailleurs. Il y a peu de couleurs et peu d’accents dans son interprétation, qui écrase sans ménagement le romantisme échevelé qui fait le charme de Tchaïkovski ; il laisse en outre s’installer des décalages peu acceptables entre scène et fosse, notamment dans les passages du chœur. La qualité des chanteurs est très moyenne, avec notamment une Tatiana qui a beaucoup de mal à se faire entendre au-delà du cinquième rang. Onéguine et Lenski sont corrects, sans plus. J’ai pour ma part beaucoup aimé le Gremin de Günther Groissböck, mais je résiste difficilement à ces belles voix de basse.
C’est, je pense, tout à l’honneur de Tchaïkovski que, malgré cette interprétation médiocre, on sorte de la représentation enivré par l’invention mélodique et la richesse de l’orchestration.
Clarté de la deuxième partie que certains spectateurs plus limités (= moi) ont eu pourtant du mal à remettre en ordre, tant certaines idées sont bizarres.
J'ajouterai juste que ce spectacle est laid visuellement, par dessus le marché!
Rédigé par: Valery | 16 juillet 2008 à 14:24
> C’est ce à quoi je faisais référence en parlant d’esthétique warlikowskienne… Je suis toujours surpris par le fait que ses décors sont aussi compliqués qu’il sont peu compréhensibles.
Rédigé par: Laurent | 16 juillet 2008 à 15:50
"elle se réclame sans erreur possible d’une esthétique purement warlikowskienne" : il y avait des bidets ?
Rédigé par: palpatine | 18 juillet 2008 à 11:25
> Non, justement, je faisais remarquer à mon compagnon de spectacle que, pour une fois, Walikowki nous avait épargné les sanitaires…
Rédigé par: Laurent | 19 juillet 2008 à 00:59