City Center, New York • 17.7.08 à 20h
Musique et lyrics : Richard Adler & Jerry Ross. Livret : George Abbott & Douglass Wallop.
Mise en scène : John Rando. Direction musicale : Rob Berman. Avec Sean Hayes (Applegate), Jane Krakowski (Lola), Cheyenne Jackson (Joe Hardy), Randy Graff (Meg Boyd), P. J. Benjamin (Joe Boyd), Megan Lawrence (Gloria Thorpe), Veanne Cox (Sister), Kathy Fitzgerald (Doris), John Selya (Mambo Dancer)…
L’habitude est maintenant prise : chaque année, pendant l’été, l’équipe de la série des “Encores!” propose de revoir un classique de la comédie musicale pendant trois semaines à City Center. L’année dernière, c’était Gypsy (repris ensuite à Broadway) ; cette année, c’est Damn Yankees, une comédie musicale de 1955 couronnée à l’époque par sept Tony Awards, donc celui de la meilleure comédie musicale.
Damn Yankees est une comédie : un homme d’un certain âge, passionné de baseball, décide de vendre son âme au diable (un personnage dénommé Applegate) afin d’être transformé en un jeune et fringant joueur qui va enfin apporter la victoire à son équipe préférée. Comme il envisage de faire jouer la clause de dédit qu’il a obtenue d’Applegate parce que sa femme lui manque, ce dernier lui envoie une jeune femme extraordinairement séduisante dans l’espoir de le faire changer d’avis. On devine la fin.
Outre qu’elle est dotée d’une partition d’une grande qualité, dont plusieurs chansons sont devenues des standards, l’œuvre est célèbre pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’elle marque l’une des premières chorégraphies du génial Bob Fosse (il avait déjà signé les chorégraphies de The Pajama Game, des mêmes Richard Adler & Jerry Ross) ; mais aussi parce que le rôle de Lola était tenu par une comédienne légendaire, Gwen Verdon, une danseuse qui contribua beaucoup à faire émerger le “style Fosse” (ils se marièrent en 1960).
C’est un plaisir de voir Damn Yankees monté de si belle manière, avec un orchestre de 25 musiciens (un bonheur après ça) et une distribution très solide. Les producteurs ont eu la bonne idée de faire appel à Sean Hayes (Jack dans la série Will & Grace) pour jouer le rôle d’Applegate, le personnage diabolique : bien qu’il ne soit jamais monté sur une scène de Broadway, il se débrouille à merveille d’un rôle qui exige une très forte présence scénique. C’est la délicieuse Jane Krakowski (déjà vue à New York dans Nine et à Londres dans Guys and Dolls, mais que les Américains connaissent surtout à cause de ses apparitions dans la série Ally McBeal) qui joue le rôle de la vamp Lola, créé par Gwen Verdon : elle est superbe et brille particulièrement dans les chorégraphies complexes de Bob Fosse, recréées pour l’occasion.
On retrouve des habitués de Broadway dans le reste de la distribution, notamment Cheyenne Jackson, le “beau gosse” du moment, qui provoque des applaudissements dans la salle lorsqu’il se met torse nu, et la merveilleuse Randy Graff, l’une de mes comédiennes préférées et l’une des rares dont je reconnaîtrais la voix instantanément les yeux fermés. La distribution des seconds rôles est irréprochable, avec des comédiennes comme Megan Lawrence ou Veanne Cox, qui réalisent des sans-faute pour exploiter le potentiel comique de leurs personnages.
C’est un peu rassurant de voir qu’à une époque où la comédie musicale se cherche un peu à Broadway, on sait encore monter aussi bien les chefs d’œuvre du passé. On peut imaginer qu’une carrière commerciale est possible pour ce spectacle qui ne devait initialement tenir l’affiche que trois semaines.
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