Palau de les Arts Reina Sofía, Valence • 22.6.08 à 19h
Richard Wagner (1876)
Orquestra de la Comunitat Valenciana, Zubin Mehta. Mise en scène : Carlus Padrissa pour La Fura dels Baus. Avec Leonid Zakhozhaev (Siegfried), Jennifer Wilson (Brünnhilde), Juha Uusitalo (Wotan), Ulrich Ress (Mime), Franz-Josef Kapellmann (Alberich), Catherine Wyn-Rogers (Erda), Stephen Milling (Fafner), Olga Peretiatko (l’Oiseau).
Deuxième journée de ce Ring mis en scène par les magiciens de La Fura dels Baus, dirigé par Zubin Mehta et co-produit par le Palais des Arts Reine Sofía de Valence et le Mai Musical Florentin. J’en avais vu le Rheingold à Florence, mais j’ai malheureusement manqué une Walküre dont je pense qu’elle devait être somptueuse sur le plan visuel.
Ce Siegfried est présenté au Palau de les Arts Reina Sofía, l’un des étonnants bâtiments conçus par l’architecte Santiago Calatrava pour la “Ciutat de les Arts i les Ciències”, qui occupe l’ancien lit d’une rivière détournée depuis une cinquantaine d’années en raison des risques d’inondation pour la ville.
Cette représentation a été l’occasion de retrouver beaucoup de chanteurs déjà croisés : Leonid Zakhozhaev était déjà Siegfried dans le Ring du Mariinsky à New York ; Juha Uusitalo est le Wotan du Staatsoper de Vienne (vu pour l’instant dans Die Walküre et dans Siegfried) ; Ulrich Ress et Franz-Josef Kapellmann jouaient déjà les frères ennemis Mime et Alberich dans le Rheingold de ce même cycle conçu par la Fura dels Baus, vu à Florence ; Stephen Milling était Hunding à Covent Garden ; Catherine Wyn-Rogers jouait déjà Erda également à Londres (Das Rheingold, Siegfried).
On reste très impressionné par l’inventivité de Carlus Padrissa même si, encore une fois, tous les visuels ne semblent pas totalement compréhensibles. Six énormes panneaux dont la configuration varie au cours du spectacle fournissent un arrière-plan à base d’images de synthèse particulièrement soignées. Pour le premier acte, on replonge dans les entrailles du Nibelheim pour y retrouver Mime et Siegfried dans l’atelier qui servait de décor à une partie de Rheingold ; pour le deuxième acte, la forêt est évoquées par un immense mobile très inventif ; quant au troisième acte, j’imagine qu’on y retrouve le visuel de la fin de Walküre, absolument magnifique, avec notamment des images étourdissantes de Wotan puis Siegfried gravissant des sommets enneigés. Et on a enfin droit à un dragon cohérent avec le reste du visuel.
Le plateau est solide et, surtout, assez homogène. C’est le Wotan de Juha Uusitalo et la Brünnhilde de Jennifer Wilson qui sont le plus remarquables. Pour cette dernière, c’est la pureté cristalline et l’absolue justesse des aigus qui sont fascinantes… d’autant plus que son médium est, quant à lui, un peu voilé — une combinaison surprenante. L’Erda de Catherine Wyn-Rogers est magnifique. Les autres chanteurs sont légèrement en retrait, avec malheureusement un Leonid Zakhozhaev capable du meilleur mais aussi, occasionnellement, du nettement moins bon — même si son Siegfried me semble s’être globalement amélioré depuis New York.
L’orchestre réalise un sans-faute, avec un son à la fois épais et élégant, auquel tous les pupitres contribuent brillamment, à commencer par des cuivres irréprochables. Zubin Mehta conduit son monde avec assurance. Il y a un peu plus d’accents et de contrastes qu’à Florence, mais on continue à être un peu sur sa faim de temps à autre. Mehta a notamment tendance à beaucoup ralentir certains passages : on se dit que Siegfried est suffisamment long comme cela pour éviter de rajouter quelques minutes de lyrisme échevelé.
Le plus réussi, d’une certaine façon, c’est le mariage parfait entre mise en scène, musique et interprétation. Le troisième acte atteint de véritables sommets tant il prend à la gorge à la fois musicalement et dramatiquement.
Il n’y a vraiment que les Espagnols pour faire démarrer une représentation de Siegfried à 19h, d’autant qu’il y a une quinzaine de minutes de retard au démarrage. Résultat : il est plus de 0h30 lorsque le rideau tombe.
Paradoxe : les sous-titres individuels sont proposés en six langues (castillan, valencien — qui est une variante du catalan ! —, français, anglais, italien, japonais), mais on partage dans certains cas son écran avec son voisin, ce qui rend certains choix compliqués. J’avais dans mon champ de vision le texte en allemand, en castillan et en anglais, ce qui permettait d’intéressants exercices linguistiques. Il y a un moment, dans le troisième acte, où il m’a bien semblé que le texte anglais faisait dire à Siegfried : “My senses swin and swoon”, ce qui ne peut être l’œuvre que d’une belle plume poétique.
En bonus : quelques photos de la Ciutat de les Arts i les Ciències (cliquer sur la couverture de l’album).
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