Staatsoper, Vienne • 28.6.08 à 17h30
Verdi (1867). Livret de Joseph Méry et Camille du Locle. Version complète en français en cinq actes avec coupes rétablies et ballet, “créée” en 2006.
Direction musicale : Bertrand de Billy. Mise en scène : Peter Konwitschny. Avec Ramón Vargas (Don Carlos), Ain Anger (Philippe II), Iano Tamar (Elisabeth de Valois), George Petean (le Marquis de Posa), Wolfgang Bankl (le Grand Inquisiteur), Nadia Krasteva (la Princesse Eboli), Ileana Tonca (la Voix du Ciel),…
Deuxième étape de mon marathon avec une version plus-que-complète du Don Carlos d’origine en cinq actes : non seulement le ballet est joué dans son intégralité, mais plusieurs scènes et airs dont Verdi avait accepté la suppression avant la première du 1867 au Théâtre Impérial de l’Opéra ont été réinstaurés après, on l’imagine, de minutieuses recherches. Cette version “Monsieur Plus” a été “créée” à ce même Staatsoper en 2006 sous la direction, déjà, de Bertrand de Billy. Elle était donnée ce soir pour la dernière fois avant de prendre sa retraite.
J’ai été beaucoup moins enthousiasmé que par le Don Carlo de la veille.
En premier lieu, la mise en scène de Peter Konwitschny, qui se veut innovante et inventive, est en partie incompréhensible et fréquemment agaçante, quand elle ne rentre pas en collision frontale avec le texte. J’en retiendrai malgré tout une bonne idée joliment réalisée : le ballet est transformé en une séquence qui figure les rêves de bonheur domestique d’une Eboli qui se voit déjà goûter aux plaisirs de la vie conjugale avec Don Carlos. Tout cela est présenté dans un décor contemporain qui — joli changement à vue — arrive depuis le fond de la scène alors que le reste du décor monte dans les cintres. Papier peint à fleurs, costume étriqué et petite serviette de fonctionnaire pour Don Carlos, incident de cuisson dans la cuisine équipée dernier cri, soirée arrosée avec Philippe et Eisabeth autour d’une pizza livrée par “Posa’s Pizza”, tout y est.
Pour le reste, on se fatigue vite de la gigantesque boîte blanche qui vient enserrer la scène au début du deuxième acte et qui ne disparaîtra plus, sauf pendant le rêve d’Eboli ; on ne comprend pas pourquoi les personnages alternent costumes d’époque et costumes contemporains ; on est surpris de voir Philippe II et le Grand Inquisiteur en venir aux mains et se battre par terre pendant leur entretien ; on ne sait pas pourquoi Élisabeth se confie au moine mystérieux au lieu de se recueillir sur la tombe de Charles Quint au début du dernier acte ; on ne saisit pas la signification de la branche plantée à l’avant-scène au début de la représentation et qui reste le seul objet éclairé à la fin lorsque toutes les lumières tombent, y compris celles de la fosse ; on ne comprend pas très bien pourquoi la Voix du Ciel se transforme en une sorte de Marilyn Monroe… et on est à peine amusé de voir l’autodafé présenté sous forme d’un “happening” débutant dans le hall de l’Opéra avec l’arrivée de Philippe II, du Grand Inquisiteur et des condamnés pour se poursuivre sur la scène, où choristes et figurants font mine de siroter une coupe de champagne tandis que l’action se poursuit dans un certain désordre, la salle restant éclairée compte tenu du nombre de spectateurs qui ne comprennent pas très bien pourquoi la représentation a repris alors que la fin de l’entracte n’a pas sonné.
Je ne suis pas non plus très sensible à la direction musicale de Bertrand de Billy, extrêmement brillante, mais qui rend la partition un peu trop “verdienne” à mon goût. Les musiciens viennois semblent assez prompts à se lâcher et de Billy — pour qui j’ai par ailleurs le plus grand respect — a tendance à les encourager dans cette voie : du coup, les tutti éclatants sont légion et les oum-pa-pa ont tendance à resurgir. Je reconnais volontiers que cette réaction est paradoxale, et il faut bien reconnaître que le style de Billy provoque l’enthousiasme d’une large partie du public, mais j’avais été beaucoup plus touché par la direction plus en demi-teinte de Marco Armiliato.
Il y a aussi la frustration d’assister à un opéra écrit dans sa propre langue mais dont on ne comprend quasiment rien. Les chanteurs ne sont pas tous indignes dans ce registre, mais certains décrochent le pompon, comme l’Élisabeth d’Iano Tamar, qui s’exprime dans un sabir indigent et grotesque. Au bout d’un moment, on fatigue un peu de devoir se référer aux sous-titres en anglais pour essayer de reconstituer le texte français.
Enfin, la qualité d’ensemble de la distribution est un cran en-dessous de celle du Don Carlo de la veille, même si certains chanteurs sont tout à fait remarquables, notamment le Rodrigue puissant et généreux du Roumain George Petean et le Philippe II très impliqué dramatiquement de l’Estonien Ain Anger (déjà vu au Staatsoper en Fafner, en Hunding et en Daland). Nadia Krasteva est une Eboli autrement plus convaincante que Janina Baechle ; elle a également un physique beaucoup plus juste pour le rôle. Jolies prestations également de Wolfgang Bankl (déjà vu en Ochs) en Grand Inquisiteur et de Ramón Vargas en Don Carlos. Ce dernier semble cependant un tout petit peu à la limite de ses moyens vocaux ; il compense par une sorte de générosité naturelle qui le rend extrêmement sympathique.

ce qu'il y a de bien, c'est qu'on arrive à être énervé sans même assister à la représentation :)
Rédigé par : gvgvsse | 29 juin 2008 à 10:27
> C’est ça, la magie de Paris–Broadway. Même pas besoin d’aller à Vienne…
Rédigé par : Laurent | 30 juin 2008 à 02:28