Royal Opera House, Londres • 29.6.08 à 15h
Verdi (1867). Livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après la pièce de Schiller. Version en italien en cinq actes de 1886. Traduction d’Achille de Lauzières et Angelo Zanardini.
Direction musicale : Antonio Pappano. Mise en scène : Nicholas Hytner. Avec Rolando Villazón (Don Carlo), Ferruccio Furlanetto (Philippe II), Marina Poplavskaya (Élisabeth), Simon Keenlyside (Rodrigo, marquis de Posa), Sonia Ganassi (la Princesse Eboli), Eric Halfvarson (le Grand Inquisiteur), Anita Watson (la Voix du Ciel)…
Encore une version différente pour cette troisième rencontre avec Don Carlo : le Royal Opera House de Londres a, en effet, choisi de présenter la version dite “de 1886”, créée à Modène, qui est en première approche (mais pas tout à fait) la version italienne en quatre actes de 1883 (vue ici) dans laquelle est réinstauré le premier acte dit “de Fontainebleau” (que l’on associe généralement à la version en langue française, vue ici). Il faut s’accrocher pour suivre l’historique de ces versions successives, bien que tout cela ne soit au fond pas très important… si ce n’est que cette version en italien en cinq actes est à mon sens la plus aboutie sur le plan dramatique. En effet, elle combine l’intérêt d’assister au “prologue” qui plante la situation et les personnages, tout en étant ensuite relativement économe et compacte. Il y a en tout dans cette version un peu moins de 3h30 de musique, ce qui est parfait.
Sur le plan de la mise en scène, il n’y a pas photo : cette production écrase largement les deux versions du Staatsoper. Nicholas Hytner (que les amateurs de comédie musicale connaissent bien pour ses mises en scène de Miss Saigon et de Carousel… et qui a aussi mis en scène la pièce The History Boys) concocte, avec son décorateur Bob Crowley, des visuels ravissants, épurés et graphiques. La forêt de Fontainebleau, au lever du rideau, donne le ton : un enchantement de noir et blanc, proche de l’esquisse japonaise. On est également saisi lorsque se dévoile l’intérieur du Monastère de Saint-Just, où l’imposant tombeau de Charles Quint est baigné de rais de lumière entrecroisés provenant des étroites fenêtres percées dans les murs épais qui entourent la scène. Hytner ne se contente pas de composer de jolis tableaux : il sait aussi utiliser l’espace scénique à des fins dramatiques. Un vrai metteur en scène, quoi.
Sur le plan musical, c’est l’extase. Antonio Pappano est tout simplement éblouissant. Plus dans la lignée d’un Armiliato que d’un Billy, il trouve une infinité de couleurs et de nuances dans la partition de Verdi et n’abuse jamais des tutti. Les cordes, très présentes, rendent la ligne musicale éminemment soyeuse. On note quelques différences avec la version de 1883, notamment le fait que le premier thème de l’autodafé (celui des condamnés) est donné aux vents et non à la contrebasse solo.
La distribution rassemblée sur scène est d’excellent niveau. Ce n’est pas Rolando Villazón, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, qui fait la plus forte impression : certes, il a un charisme certain et il campe un Don Carlo nettement plus crédible que Farina et Vargas, mais la voix semble avoir perdu de son éclat ; il y a en outre un décalage entre l’impression de puissance qui se dégage de son comportement physique et le résultat sonore un peu estompé.
Les performances les plus remarquables sont dues à Ferruccio Furlanetto en Philippe II et à Simon Keenlyside en Rodrigo. Keenlyside est un Posa racé, d’une grande élégance et extrêmement attentif à sa ligne musicale. Pour une basse, Furlanetto se distingue par une voix étonnamment colorée, voire fruitée ; en outre, il projette puissamment et sans effort. Son “Ella giammai m’amò” est le sommet de la représentation, du très très grand art… suivi d’ailleurs immédiatement par le deuxième sommet de la représentation, un duo électrisant avec le Grand Inquisiteur génialement glaçant d’Eric Halfvarson. Marina Poplavskaya a fait annoncer qu’elle se débattait avec les séquelles d’une bronchite, donc on s’abstiendra de commenter (elle ne m’avait pas fait forte impression dans Евгений Онегин). Le maillon faible est l’Eboli de Sonia Ganassi, tout juste acceptable, un peu pâteuse et usant de subterfuges divers pour ne pas choir.



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