“Dialogues des Carmélites”
Cour d’honneur de l’Hôtel Gouthière, Paris • 23.6.08 à 21h30
Francis Poulenc (1957). Livret de Poulenc, d’après Bernanos.
Mise en scène : Joëlle Vautier. Direction musicale : Bruno Rossignol. Avec Sandra Liz-Cartagena (Blanche de la Force), Julie Hullin (Sœur Constance), Kaja Kapitania (Mère Marie), Sarah Aguilar (Madame de Croissy), Nabila Attmane (Madame Lidoine), Timour Sadoullaïev (Le Marquis de la Force), Lionel Losada (Le Chevalier de la Force),…
Comme je le racontais à la fin de ce billet, j’étais tombé par hasard il y a quelques jours sur une répétition de Dialogues des Carmélites dans la cour du magnifique hôtel qui abrite le Conservatoire de musique du 10ème arrondissement. Je n’ai pas résisté au plaisir d’assister à l’une des trois représentations.
Le cadre de l’Hôtel Gouthière se prête vraiment bien à l’exercice. Sa majesté naturelle offre à l’œuvre de Poulenc un écrin adapté tant au recueillement du Carmel qu’aux scènes du troisième acte, lorsque les murs du couvent cessent de protéger ses occupantes des tourments du monde. L’acoustique naturelle du lieu crée un équilibre idéal entre les voix et l’orchestre, qui joue, fenêtres ouvertes, depuis une salle du rez-de-chaussée de l’hôtel.
La représentation commence avant la tombée de la nuit ; les dernières lueurs du jour s’éteignent alors que Madame de Croissy rend l’âme dans un dernier cri. Joëlle Vautier utilise intelligemment l’espace restreint dont elle dispose (aidée en cela par les jolies lumières de François Briault) et sa mise en scène se hisse largement au niveau de ce que nous proposent certaines maisons d’opéra. Au rayon des détails, on regrettera que personne n’ait songé à donner un coup de peinture à la croix — l’un des rares accessoires, utilisé à d’excellentes fins dramatiques.
Les chanteurs et musiciens, issus de différents conservatoires parisiens, nous proposent une prestation très honnête. Le niveau, bien sûr, est hétérogène, mais on est particulièrement impressionné par la largeur du registre interprétatif de la Blanche de Sandra Liz-Cartagena (dont la prononciation, malheureusement, semble s’être beaucoup dégradée par rapport à la répétition à laquelle j’avais assisté… sans doute parce qu’elle prête trop d’attention à sa très belle ligne mélodique) et par la Constance fraîche et bondissante de Julie Hullin. J’ai beaucoup aimé aussi la Mère Marie de Kaja Kapitania, même si elle a eu du mal à tenir la distance, et la touchante Madame Lidoine de Nabila Attmane. Un peu moins convaincu par la Madame de Croissy de Sarah Aguilar, sans doute un peu trop émue et contrôlant difficilement sa voix, malgré un fort investissement dramatique. Le Marquis et le Chevalier étaient également tout à fait convaincants.
La partition de Poulenc ne manque jamais de me toucher profondément, et cette représentation n’a pas failli à la règle. L’orchestre réussit, sous la direction avisée de Bruno Rossignol, à donner joliment corps à cette musique aux harmonies si singulières et si touchantes. On remarque avec plaisir la qualité du hautbois (qui a l’un des plus jolis solos de la partition, un thème qui rappelle furieusement la sonate pour flûte et piano), du basson… et des trompettes, qui plantent si bien le décor de la scène finale (il me semble seulement qu’elles se sont affranchies de la sourdine généralement utilisée au début du prélude de la dernière scène).
Dommage d’avoir choisi de supprimer la scène parlée du troisième acte sans laquelle on ne comprend pas pourquoi les Carmélites se retrouvent en prison alors même que les Révolutionnaires viennent de les chasser du couvent en leur demandant de mener désormais une vie apostate.
C'est assez artisanal au conservatoire H. Berlioz, l'annonce de programmation : rien sur le web (et un temps fou pour les trouver, y'a juste l'adresse :/ ), et rien sur Cadence (alors là !!). Resterait-il des séances (sur les deux auxquelles tu n'es pas allé), et comment fait-on alors pour réserver (s'il le faut) ? M'ci !
Rédigé par: palpatine | 25 juin 2008 at 06:57
> Malheureusement, c’est fini. Il n’y a eu que trois représentations : 19, 21 et 23. La réservation était indispensable car la cour n’est pas grande.
(Il y a aussi ce bon vieux téléphone, dans ce cas…)
Rédigé par: Laurent | 25 juin 2008 at 09:09
"une vie apostate": bravo! Défendons les mots rarement employés ou en voie de disparition!
Rédigé par: Valery | 25 juin 2008 at 09:50
> Je me suis fait un peu plaisir :-) Cela étant, je ne sais plus très bien si on demande aux sœurs carmélites d’abandonner la religion ou si on leur interdit seulement de se rassembler en congrégation.
Rédigé par: Laurent | 26 juin 2008 at 01:03
Merci pour ce bel article, il est bien dommage que tu n'es pu voir l'autre distribution (le 21 juin), tout aussi appréciable....un peu déçue que tu n'es pas mis un ptit mot sur ma consoeur Mère Jeanne, qui, n'ayant que quelques répliques, a cependant été un pilier du couvent et nous a énormément aidée, par la générosité qu'elle a apportée au rôle,à nous plonger au coeur de la vie religieuse.
signé: Soeur Mathilde
Rédigé par: Mathilde | 26 juin 2008 at 11:22
> Merci pour ce commentaire, Sœur Mathilde. J’en profite pour souligner le bel ensemble constitué par les Carmélites. Les passages chantés par le chœur des sœurs étaient très réussis.
Rédigé par: Laurent | 26 juin 2008 at 22:01
La première Blanche de la Force pour la jeune soprano colombienne Sandra Liz-Cartagena, une interprète émouvante avec une personnalité forte et une belle présence. Vocalement, le rôle ne lui pose aucun problème. Son timbre est corsé et fruité, elle possède une belle et grande voix de soprano lyrique, avec une émission homogène et puissante. Elle viens de chanter sa première Traviata, chante aussi Mireille de Gounod, Marguerite, Alcina, Vitellia.
Sadra Liz-Cartagena,est bien un "talent à suivre".
Rédigé par: salome | 04 juillet 2008 at 16:06