DVD • 24.6.08 à 22h
David Lean (1945). Avec Celia Johnson (Laura), Trevor Howard (Alec),…
J’avais déjà dit quelques mots de ce film lorsque j’avais vu, à Londres, un spectacle qui s’en inspirait.
En 1945, Noël Coward collabore pour la quatrième et dernière fois avec David Lean pour porter à l’écran une courte pièce, Still Life, créée en 1936. Un homme et une femme se rencontrent dans la buvette d’une gare de chemin de fer : c’est le coup de foudre. Mais ils sont tous les deux mariés… et, bien qu’ils laissent leurs sentiments se développer au cours de quelques rencontres le jeudi — le jour où elle va faire ses courses et voir un film dans la ville voisine et où il va tenir une permanence dans l’hôpital de la même ville —, la morale et les conventions finiront par l’emporter et ils décideront finalement de ne plus se revoir. Pour ne pas succomber à la tentation de se revoir, il décidera d’accepter l’offre qui lui a été faite d’aller travailler dans un hôpital d’Afrique du Sud.
Le scénario commence par la scène finale. On sait qu’un drame est en train de se jouer, mais on n’en comprend pas les détails. Rentrée chez elle, Laura va “avouer” son histoire à son mari, mais en pensée seulement. Sa voix off va accompagner le reste du film, alors qu’elle retrace la chronologie des événements. Puis son mari, adorable, qui sent bien que quelque chose s’est passé, la remercie d’être revenue à lui. C’est une fin éminemment touchante.
Il est difficile d’énumérer les qualités qui contribuent à faire de ce film l’une des plus belles histoires d’amour jamais portées à l’écran. La réalisation de David Lean est une leçon de cinéma permanente : cadrages au cordeau, travail somptueux sur le noir et blanc et les volutes de fumée des trains à vapeur qui traversent la gare, choix géniaux de points de vue (une scène est filmée entièrement via le miroir dans lequel se regarde Laura ; une autre ne quitte pas Laura alors qu’elle est au bord d’un quai, hagarde, tandis qu’un train passe à quelques centimètres d’elle en projetant des rais de lumière mouvants sur son visage). C’est le “basculement” de la caméra dans la scène de la séparation, qui figure bien sûr le basculement des sentiments de l’héroïne, qui est peut-être la trouvaille la plus marquante et la plus efficace.
Le rôle de Laura est tenu par la splendide Celia Johnson, une comédienne magnifique, au visage magnétique, qui a quelque chose de suprêmement moderne et simple dans son apparence même si son accent marque son époque et sa classe sociale. Johnson avait déjà joué dans des films du duo Coward/Lean, mais on se souvient également très clairement d’elle — ses grands yeux écarquillés parfaitement intacts — dans le rôle de la redoutable directrice de l’école Marcia Blaine, Miss Mackay, dans le sublime film The Prime of Miss Jean Brodie, avec Maggie Smith. C’est Trevor Howard, un jeune comédien extrêmement charismatique et, lui aussi, naturel, qui joue Alec, le médecin dont Laura tombe amoureuse.
Les seconds rôles, qui ont un grande importance dans l’équilibre du film, sont tous remarquables. On y reconnaît notamment le comédien Stanley Holloway qui, bien sûr, sera onze ans plus tard le créateur du rôle d’Alfred Doolittle dans la comédie musicale My Fair Lady.
Le film a eu droit à un “remake” en 1974 sous la forme d’un téléfilm avec Sofia Loren et Richard Burton. Je ne l’ai pas vu, mais il semble y avoir un consensus sur le fait qu’il est exécrable.
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