New London Theatre, Londres • 10.5.08 à 14h30
Musique, lyrics et livret : Margaret Martin, d’après le roman de Margaret Mitchell.
Mise en scène et adaptation : Trevor Nunn. Direction musicale : David White. Avec Jill Paice (Scarlett O’Hara), Darius Danesh (Rhett Butler), Edward Baker-Duly (Ashley Wilkes), Madeleine Worrall (Melanie Hamilton), Natasha Yvette Williams (Mammy), Jina Burrows (Prissy), Julian Forsyth (Gerald O’Hara), Susannah Fellows (Ellen O’Hara)…
Ce n’est pas la première fois que le célèbre roman de Margaret Mitchell est adapté pour la scène musicale. La première tentative eut lieu en 1970, sous la plume du célèbre compositeur Harold Rome : Scarlett fut d’abord présenté à Tokyo en 1970, avant qu’une version plus courte (renommée Gone With the Wind) n’ouvre ses portes au Theatre Royal Drury Lane de Londres en 1972. Le succès fut limité et le projet d’une production new-yorkaise fut abandonné. Un ami anglais qui a vu le spectacle plusieurs fois à l’époque me disait récemment : “la pièce était très mauvaise, mais je n’en ai que des bons souvenirs car il se passait toujours quelques chose de catastrophique pendant la représentation”. À commencer par la première, où un cheval ne put contrôler ses intestins sur scène, ce qui permit à Noël Coward de lancer l’une des épigrammes dont il était coutumier.
Voici donc que l’on nous propose une nouvelle adaptation de cette épopée presque quarante ans plus tard. Cette version est l’œuvre d’une seule femme, Margaret Martin. Qui est Margaret Martin, me demandez-vous ? Eh bien, d’après sa biographie, elle a un doctorat en santé publique et se spécialise dans les conseils en vue de préparer les futurs parents aux accouchements. Elle n’a aucune expérience préalable de la comédie musicale. Il est d’autant plus étonnant qu’elle ait réussi à obtenir les droits d’adaptation du roman, d’une part (sauf à ce que le fait de s’appeler “Margaret M.” comme l’auteure ait eu une valeur aux yeux des héritiers), et à trouver un financement pour cette production, d’autre part. Il semble qu’elle ait envoyé une maquette de sa musique à Trevor Nunn, qui l’a soumise comme tout ce qu’il reçoit à ce qu’il appelle “le test de la Volvo”, c’est-à-dire qu’il l’a écoutée dans sa voiture avec ses enfants. Lesquels enfants ont, semble-t-il, aimé ce qu’ils ont entendu (ce qui tend à prouver que les enfants d’artistes sont des gens bizarres).
Le résultat, c’est cette production monumentale, qui durait 3h40 le soir de la première… une durée maintenant ramenée à 3h15. La lecture d’un synopsis détaillé du roman montre que Margaret Martin n’a absolument rien coupé et c’est donc la totalité des péripéties de l’histoire qui sont présentées sur scène.
La bonne nouvelle, c’est que Trevor Nunn est un metteur en scène éminemment talentueux. L’échelle de l’œuvre ne lui fait pas peur et, comme dans Les Misérables, sa transposition scénique est tout à fait convaincante. Il y a bien des moments où il atteint ses limites, comme lorsqu’il demande aux comédiens de faire semblant d’être à cheval, ou bien encore pour la scène très connue du film où Scarlett découvre les centaines de soldats blessés ou morts à Atlanta (on ne peut pas faire grand’ chose avec dix comédiens couchés par terre)… mais, dans l’ensemble, il collectionne les trouvailles, comme dans cette scène où, en moins de quinze secondes, Scarlett épouse Charles Hamilton, donne naissance à son premier enfant et apprend qu’elle est veuve, enlevant sa robe de mariée pour révéler sa robe de deuil.
La distribution, très solide, donne vie à la mise en scène avec une conviction qui ne peut qu’emporter l’admiration. Jill Paice, une comédienne américaine que j’avais vue dans Curtains à Broadway, campe une Scarlett vraiment très convaincante : on hésite à l’admirer pour son instinct de survie et sa résilience ou à la haïr pour son égoïsme et son aveuglement. Quant au rôle de Rhett Butler, il est tenu par un dénommé Darius Danesh, lauréat d’un concours télévisé intitulé “Pop Idol”. Ce n’est a priori pas bon signe, mais Danesh se révèle tout à fait remarquable tant l’ombre de Clark Gable plane sur le rôle. Sa belle voix de baryton, qu’il utilise aussi pour parler, donne une jolie consistance à son personnage. Il reçoit les applaudissements du public lorsqu’il quitte une dernière fois la scène après avoir prononcé sa réplique immortelle “Frankly, my dear, I don’t give a damn”. (C’est dans le scénario du film que la phrase apparaît sous cette forme. Dans le roman, Rhett ne dit pas “frankly”.)
La mauvaise nouvelle, c’est qu’on ne s’improvise pas comme cela auteur(e) de comédie musicale. L’adaptation de Margaret Martin est faiblarde (dans l’une des premières scènes, les esclaves chantent “Born to be Free” — ça commence mal) mais, surtout, sa partition est atroce. Il est difficile de trouver des mots pour décrire la musique tant elle est… vide. Dénuée du moindre intérêt, de la moindre trace d’inspiration. Plate, désespérément plate. La production a beau avoir embauché deux des meilleurs musiciens de la place (William David Brohn aux orchestration et Gareth Valentine aux arrangements et à la “supervision musicale”), le verdict est sans appel : c’est nul. Même pas mauvais. Nul.
Je ne prendrais pas de paris sur la longévité de ce Gone With the Wind. Alors que la première a eu lieu le 22 avril dernier, la salle cet après-midi était plus qu’à moitié vide. Il faut dire que les critiques ont été assez mauvaises. Et pour cause.
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