Concert
Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 10.4.08 à 20h
Wiener Philharmoniker, Riccardo Muti
Haydn : symphonie n°99
Bruckner : symphonie n°2
Mes deux dernières rencontres avec Muti (ici et là, à la tête de l’Orchestre Symphonique de Chicago) avaient été mitigées. À la tête de la Philharmonie de Vienne, il se confirme que Muti aime se concentrer avant tout sur ce qu’on pourrait appeler “the big picture”, la phrase musicale globale… avec une austérité presque déroutante. Il déroule le fil du discours musical, les yeux rivés sur le but, écartant tout effet facile, tout plaisir déplacé qui viendrait perturber sa vision. Le tempo est souvent lent ; les mains semblent sculpter une sorte de ligne infinie d’une grande élégance et d’une imperturtable continuité.
L’orchestre, dont la couleur est presque méconnaissable par rapport à sa dernière apparition au TCE (sous la baguette certes très différente de Valery Gergiev), embrasse la vision du chef avec une docilité et une ductilité remarquables. L’austérité de la conduite de Muti est en partie contrebalancée par la pure beauté des sons et la richesse des timbres.
Du coup, la symphonie de Haydn est sauvée de l’ascèse dans laquelle elle manque sombrer à une ou deux reprises par excès de dépouillement, en particulier dans le deuxième mouvement. L’élégance de l’écriture et de l’orchestration sont particulièrement mises en valeur. On ne peut pas complètement s’empêcher de penser, toutefois, que le plaisir que l’on ressent est assez proche de celui que l’on éprouverait à la simple lecture de la partition. Il manque un tout petit peu de la jubilation de jouer qui est beaucoup plus apparente, par exemple, dans l’enregistrement de Jeffrey Tate avec l’English Chamber Orchestra qui figure dans ma CD-thèque.
Dans Bruckner, au contraire, le style Muti fait merveille. La beauté des lignes musicales est confondante. Muti soigne particulièrement les fins de mouvement, culminations vers lesquelles tout le discours semble converger avec une merveilleuse inéluctabilité. Le deuxième mouvement, avec ses solos de cor, est particulièrement enchanteur. Muti laisse le solo final à la clarinette au lieu de le “rendre” — comme, me semble-t-il, c’est devenu habituel — au cor. Dommage. Le troisième mouvement fait naître une sorte d’excitation issue du contraste entre le relatif dépouillement des moyens utilisés par l’orchestre et la force de la musique : elle ne faiblira plus jusqu’à la fin du quatrième mouvement, mené avec la même détermination de ne pas sombrer dans les effets faciles. Magnifique.
Pas de bis malgré la réaction enthousiaste du public. Muti se départit une demi-seconde de son sérieux indéfectible lorsqu’un bouquet de roses lancé par un spectateur depuis la corbeille manque se transformer en projectile : c’est bien aussi lorsqu’il sourit…
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