Second Stage Theatre, New York • 2.2.08 à 20h
Musique : Tom Kitt. Livret et lyrics : Brian Yorkey.
Mise en scène : Michael Greif. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Alice Ripley (Diana), Brian d’Arcy James (Dan), Aaron Tveit (Gabe), Morgan Weed (Natalie [understudy/remplaçante]), Adam Chanler-Berat (Henry), Asa Somers (Dr. Madden / Dr. Fine).
La compagnie théâtrale Second Stage occupe un magnifique bâtiment situé à l’angle de la huitième avenue et de la 43ème rue ouest : l’architecte Rem Koolhaas a aménagé un théâtre très fonctionnel de 300 places dans ce qui était autrefois une banque. Dans la salle, trois grandes fenêtres à l’isolation acoustique impeccable permettent de continuer à observer la ville avant la représentation. Dès que le spectacle commence, d’immenses rideaux viennent les recouvrir, ce qui a un côté très cérémonial.
Second Stage propose une saison variée à un public largement constitué d’abonnés. Certaines des œuvres présentées sont musicales : c’est à Second Stage que la première œuvre commerciale de Stephen Sondheim, Saturday Night, dont la production originale avait été annulée en 1954, a finalement été présentée au public en 2000. Je me souviens également y avoir vu une comédie musicale consacrée à l’univers de la spéculation immobilière, Once Around the City, en 2001.
Next to Normal est une œuvre nouvelle de Tom Kitt et Brian Yorkey. Kitt a connu une expérience malheureuse à Broadway puisqu’il est le compositeur de High Fidelity, une comédie musicale qui ne tint l’affiche que 13 représentations à la fin de l’année 2006. Yorkey est le lyriciste de Making Tracks, une petite comédie musicale consacrée à l’expérience des immigrants asiatiques aux États-Unis.
Pendant les trente premières minutes, je me suis dit que j’étais en train de voir la comédie musicale la plus enthousiasmante de ces dernières années. La vie quotidienne d’une famille apparemment on ne peut plus normale est évoquée à travers des chansons à l’écriture à la fois adroite, efficace et pleine d’humour. Il y a même un vrai numéro d’ouverture, comme on n’en fait plus, d’une belle virtuosité. On se croit un peu au paradis de la comédie musicale.
Du moins jusqu’à ce que le sujet réel de la pièce apparaisse à l’occasion d’un rebondissement très joliment orchestré sur le plan dramatique. L’atmosphère devient soudain plus chargée. La légèreté qui faisait le charme des premiers instants s’évapore. On pense furieusement à William Finn (dont je parlais ici), mais sans la capacité de Finn à transcender les sujets graves avec son style inimitable. On pense, aussi, inévitablement, à Jonathan Larson, l’auteur de Rent — un parallèle d’autant plus tentant que Next to Normal est, comme Rent, mis en scène par Michael Greif et qu’Anthony Rapp, l’une des vedettes de Rent, est l’un des ses assistants.
La suite de la pièce, quoique bien menée, est nettement moins enthousiasmante. On baigne de plus en plus dans une musique rock assez générique, qui finit presque par être fatigante. Heureusement, la distribution défend la pièce avec beaucoup de conviction. On est particulièrement impressionné par Brian d’Arcy James et Alice Ripley, deux stars de Broadway.
Malgré ce bilan en demi-teinte, on ne peut s’empêcher de penser que Kitt et Yorkey incarnent peut-être ce sang neuf dont la comédie musicale a tant besoin. On est impatient, du coup, de savoir ce qu’ils nous proposeront après cet essai peut-être pas totalement abouti mais quand même fort impressionnant.
Les commentaires récents