Staatsoper, Vienne • 5.1.08 à 19h30
Massenet (1892). Livret d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, d’après Goethe.
Direction musicale : Marco Armiliato. Mise en scène : Andrei Serban. Avec Rolando Villazón (Werther), Sophie Koch (Charlotte), Markus Eiche (Albert), Laura Tatulescu (Sophie), Alfred Šramek (Le Bailli), Peter Jelosits (Schmidt), Marus Pelz (Johann).
Coïncidence intéressante que cette occasion de voir Werther à Vienne, la ville-même ou l’opéra de Massenet fut créé (en allemand) compte tenu du manque d’intérêt des maisons françaises pour ce qui est considéré aujourd’hui comme le chef d’œuvre du compositeur.
C’était le retour de Rolando Villazón à la scène après presque quatre mois plus de six mois d’absence pour des raisons de santé non explicitées. On sent de l’émotion chez le ténor mexicain, accueilli chaleureusement par la salle, qui lui fait une petite ovation à son entrée en scène. Sa prestation sera généreuse et intense. On est frappé par ses petites manies curieuses, comme les crescendos sur les notes tenues ou les accents inhabituels. Je ne pense pas que Villazón ait récupéré 100% de ses moyens — et sa nervosité est palpable —, mais son magnétisme est indéniable.
Superbe prestation, face à lui, de Sophie Koch, qui incarne une Charlotte très digne et d’autant plus touchante dans son déchirement. La voix est claire et sûre, avec un joli phrasé et une très bonne maîtrise du souffle. Elle est la seule à être totalement compréhensible. (Pour les autres, il faut jouer au jeu consistant à reconstituer le texte français à partir de la traduction en anglais fournie par le surtitrage individuel.)
Belle prestation, également, de Laura Tatulescu en Sophie. La direction musicale de Marco Armiliato semble plus préoccupée par les effets de manche que par la mise en évidence des tensions internes de la partition. Du coup, la musique est trop plate pour mettre en valeur la belle écriture de Massenet. Mise en scène malheureusement peu convaincante, en costumes contemporains. Le rideau s’ouvre sur un joli visuel : un arbre immense occupe presque toute la scène. L’arbre restera présent jusqu’au bout, un choix dont la signification n’est pas évidente, notamment à l’acte 3.
Je ne sais si c’était l’effet Sophie Koch, mais mon coin d’orchestre n’était occupé que par des Français. À ma droite, deux dames d’un certain âge discutent ferme : elles parlent de “Plácido”, puis de “Roberto et Angela”. Quelques phrases plus loin, j’entends “quelle grosse vache !”, mais je ne sais pas si la conversation est toujours sur Gheorghiu. L’une des dames, Lucienne, dotée d’une belle tignasse rousse, ne peut pas s’empêcher de faires des commentaires à voix basse de temps en temps.
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