Royal Opera House, Londres • 20.1.08 à 15h
Verdi (1853). Livret de Francesco Maria Piave, d’après Dumas Fils.
Direction musicale : Maurizio Benini. Mise en scène : Richard Eyre. Avec Ermonela Jaho (Violetta, en remplacement d’Anna Netrebko, souffrante), Jonas Kaufmann (Alfredo), Dmitri Hvorostovsky (Germont)…
Netrebko + Kaufmann + Hvorostovsky : c’était presque trop beau. La soprano russe Anna Netrebko ayant dû déclarer forfait en raison d’une méchante bronchite, c’est la chanteuse albanaise Ermonela Jaho qui l’a remplacée au pied levé. La direction du Royal Opera House l’a faite venir en urgence de New York et elle a dû assurer la première de cette production de Traviata le jour-même où elle arrivait à Londres après un vol transatlantique. C’est à la deuxième représentation que j’ai assisté : Jaho avait donc eu le temps de se reposer un peu.
Après un départ plus que poussif (pas de projection, à peine juste), Jaho se reprend et devient progressivement une présence fascinante sur scène. Elle est tout aussi juste dans la frivolité forcée du premier acte que dans la déchirure courageuse et digne du deuxième acte. Elle est carrément déchirante dans son dernier acte, qu’elle interprète fabuleusement bien.
Bien sûr, il faut supporter Traviata, cette partition capable du meilleur (le troisième acte !!) comme du pire (toutes ces marches ronflantes avec overdose de cymbales, cette avalanche de oumpapahs, un accompagnement généralement réduit au strict minimium sur le plan harmonique) mais c’est, dans le répertoire de Verdi, l’une des œuvres les plus satisfaisantes sur le plan dramatique. Il faut dire que la matière première est riche… et Piave mérite des éloges pour l’économie d’écriture et l’efficacité de son livret.
Du coup, l’œuvre a d’autant plus impact qu’elle est servie par une distribution solide… et le moins qu’on puisse dire, c’est que le défi est ici relevé brillamment. Jonas Kaufmann est un bonheur permanent en Alfredo, en particulier parce qu’il joue vraiment son rôle et parce qu’il n’a aucun des maniérismes habituels des ténors “italiens”. Au contraire, il aurait presque un timbre de baryton, ce qui lui donne une “gravité” parfaite pour le rôle. Quant à Dmitri Hvorostovsky, il campe un Germont simplement sublime. Un peu figé, peut-être, mais le rôle s’en accomode fort bien. Quelle voix ! Quelle prestance ! Quel charisme !
Finalement, c’est avec une soprano albanaise, un ténor allemand et un baryton russe que l’on conduit l’opéra italien à des sommets. D’italien, il reste le chef, Maurizio Benini, qui conduit le superbe orchestre du Royal Opera avec un goût irréprochable. Dès les premières notes de l’ouverture, on sent que l’atmosphère va être chargée. Et elle le reste jusqu’au bout, avec un sens magnifique de la tension dramatique. Ce n’est que lorsque Violetta s’effondre après s’être exclamée “Ah ! Io ritorno a vivere ! Oh gioia !” dans un dernier sursaut proprement déchirant que la tension peut, enfin, retomber. Il ne doit pas rester beaucoup d’yeux secs dans la salle.
La jolie mise en scène de Richard Eyre (auteur également de la mise en scène de la comédie musicale Mary Poppins), est à la fois sobre et imposante sur le plan visuel, grâce notamment aux décors de Bob Crowley (qui a fait aussi de fort jolies choses pour Broadway, notamment pour les comédies musicales Aida et Sweet Smell of Success) et aux lumières de Jean Kalman.
On ne sait que demander de plus…
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