Ciné-Cité les Halles, Paris • 1.1.08 à 20h10
Kevin Lima (2007)
Avec Amy Adams (Giselle), James Marsden (le Prince Edward), Patrick Dempsey (Robert), Idina Menzel (Nancy), Timothy Spall (Nathaniel), Susan Sarandon (la Reine Narissa), Julie Andrews (voix, narration), Rachel Covey (Morgan)…
Quelle surprise de voir les studios Disney capables de prendre du recul par rapport aux codes de la maison pour les tourner gentiment en dérision dans une comédie certes légère et inoffensive, mais qui met dans le mille assez régulièrement avec un mordant plutôt réjouissant.
Le film commence (en 4:3) avec une histoire animée qui pourrait être une version “speed” de Blanche Neige, de Cendrillon ou de La Belle au Bois-Dormant. Et puis les personnages, devenus des comédiens de chair et d’os, se retrouvent propulsés en plein cœur du Manhattan d’aujourd’hui (en 16:9). La rencontre des personnages “de dessin animé”, dotés de leurs conventions et de leur manie de se mettre à chanter à tout bout de champ (ou à tout bout de chant, pour les lacaniens), et des New-Yorkais blasés, stressés et indifférents crée les étincelles qui donnent au scénario son côté épicé.
La séquence new-yorkaise commence très fort avec une parodie géniale de la scène dans laquelle Blanche Neige s’attache les services des animaux afin de mettre de l’ordre dans la maison des sept nains. Le scénario ne garde pas toujours le même niveau d’inspiration par la suite, mais les moments de bonheur sont nombreux.
Les vues de New York sont nombreuses et assez réussies : Times Square (que l’on voit sous toutes les coutures), le Time Warner Center, Central Park… jusqu’au charmant immeuble de Riverside Drive dans lequel habite Robert. On remarque tellement d’affiches de comédies musicales dans les vues de Times Square — certains constituant aussi des clins d’œil — qu’il est impossible de toute les énumérer. On remarque avec intérêt parmi elles celle de Lestat, une comédie musicale qui ne tint l’affiche qu’un mois au printemps 2006.
La partition a été confiée à Alan Menken (dont nous parlions justement ici) pour la musique et Stephen Schwartz (l’auteur de Pippin, Godspell, The Baker’s Wife et, plus récemment, de Wicked) pour les paroles. Ils relèvent très joliment le défi. La chanson “True Love’s Kiss”, notamment, est digne des plus grands classiques de Disney… et elle bénéficie d’une orchestration à tomber de bonheur. Au rayon des clins d’œil (ils sont nombreux), on entend la musique de “Part of Your World”, la chanson principale de The Little Mermaid, jouée en musique de fond à travers des hauts-parleurs alors que les personnages se trouvent dans un bureau.
La distribution est excellente. J’ai été particulièrement impressionné par Timothy Spall (déjà vu la veille dans Sweeney Todd) et par Patrick Dempsey, qui est par ailleurs l’un des comédiens principaux de Grey’s Anatomy. Au rayon comédie musicale, on trouve notamment Idina Menzel, devenue célèbre dans le petit monde de la comédie musicale grâce à Rent, puis à Wicked… mais aussi la comédienne Tonya PInkins, la star de Caroline, or Change, dans un petit rôle.
Autre série de clins d’œil, trois des chanteuses ayant prêté leur voix à des “princesses Disney” apparaissent dans de tout petits rôles : Paige O'Hara, la voix de Belle dans Beauty and the Beast ; Judy Kuhn, la voix de Pocahontas ; et Jodi Benson, la voix d’Ariel dans The Little Mermaid.
Je ne suis donc pas seule à avoir apprécié ce délicieux auto-décalage Disney, assez subtil et malicieux pour à la fois conquérir les grands et les petits. Certains sont tant "anti-disney" que je me contente d'affirmer que le film était excellent et que les enfants étaient précisément "enchantés".
J'ai adoré et surtout, il faut le dire, parce que dès les premières images reprenant tous les codes des classiques de façon extrêmement appuyée, ma jeune compagne était si heureuse qu'elle me sautait dans les bras en m'embrassant de joie. Tous les enfants étaient ravis et les grands amusés et conquis.
De là, il me semble que l'objectif de ce divertissement familial à l'ambiance musicale des plus enlevées est totalement atteint .
J'avoue que la transposition dans le "sordide du réel" était très bien amenée avec grande légèreté quoiqu'il fallut parfois s'accrocher (les cafards et les rats à les rescousse par exemple).
Quant aux interprètes, absolument en phase avec ce que tu en dis, ils sont très talentueux.
Rédigé par : Lea | 02 janvier 2008 à 07:07
> J’ajoute que j’ai vu le film avec un public absolument pas familial (pas un seul gamin en vue) et que le charme, de toute évidence, opérait. Je pense que les (nombreuses) générations qui ont grandi avec les classiques de Disney ne peuvent qu’apprécier cette gentille auto-dérision.
Rédigé par : Laurent | 03 janvier 2008 à 01:53
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je m'attendais à un film décevant. Peut-être les affiches dans le métro, kitschissimes et mièvres à souhait.
A lire ces critiques élogieuses, il ne reste plus qu'à l'ajouter à ma lôôôôngue liste de films à voir.
Rédigé par : Klari | 03 janvier 2008 à 16:55
> Attention, au fond, cela reste une “comédie sentimentale” qui peut agacer. Certains de mes amis ont détesté, malgré le “second degré Disney”.
Rédigé par : Laurent | 04 janvier 2008 à 22:58
Ce film est impressionnant. D'habitude, je déteste le système Disney mais ici, ce second degré, la charme absolu qui opère dès le début avec un second degré suffisamment fin + New York effectivement sous toutes les coutures et qui m'a rappelé la belle époque où j'y ai vécu (c'est vrai que la plus belle vue est du haut du Rockefeller Center, sauf qu'à l'époque, on voyait, au Nord tout Central Park puis au Sud l'Empire State et... les Twins...). Je suis moins fasciné que vous par la musique qu'on a l'impression d'avoir écouté 25 fois mais ils ont quand même réussi à me faire pleurer comme une madeleine ! Vraiment enthousiasmant et très bien rythmé.
Rédigé par : Philippe D | 09 janvier 2008 à 22:21
Zut! Je suis donc la seule ici à avoir sincèrement détesté le film?! A part la vilaine belle-mère, d'une méchanceté savoureuse.
J'aurais du me contenter de lire les critiques. Arg. La vôtre en particulier est très informée, c'est un régal.
Rédigé par : klari | 10 janvier 2008 à 19:59
> Désolé, klari, mais j’avais un mauvais pressentiment quant à votre réaction. Rassurez-moi : vous avez bien vu le film en VO, au moins ?
Rédigé par : Laurent | 10 janvier 2008 à 22:35
Mais ce n'est pas votre faute!
Vous avez été plus perspicace que moi, ceci dit. J'avais été déçue par Becoming Jane, que vous aviez aimé, si je me souviens bien. Je vais finir par considérer votre blog contre une liste de contre-indications cinématographiques.
Oui, oui, en VO, bien sûr! (je n'ose même pas imaginer ma réaction si je l'avais vu en vf!)
Rédigé par : klari | 14 janvier 2008 à 17:56