“Sweeney Todd”
Cinéma Ziegfeld, New York • 31.12.07 à 13h
Tim Burton (2007)
Avec Johnny Depp (Sweeney Todd), Helena Bonham Carter (Mrs. Lovett), Jayne Wisener (Johanna), Jamie Campbell Bower (Anthony), Laura Michelle Kelly (Lucy / The Beggar Woman), Alan Rickman (Judge Turpin), Timothy Spall (Beadle Bamford), Sacha Baron Cohen (Pirelli), Ed Sanders (Toby).
J’ai déjà parlé (ici et là) de cette comédie musicale de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler, adaptée d’une pièce de Christopher Bond, elle-même inspirée par un mélodrame victorien aux multiples incarnations scéniques, cinématographiques et télévisuelles. Tim Burton, nous dit-on, avait tellement adoré la production londonienne originale qu’il avait résolu d’en tirer un film. C’est aujourd’hui chose faite, avec bien sûr Johnny Depp, le comédien fétiche de Burton, dans le rôle-titre.
C’est, globalement, une adaptation fort réussie. Bien sûr, s’agissant d’un film de Tim Burton, les images sont superbes. La photographie de Dariusz Wolski est hyper-stylisée, hyper-contrastée (et aussi hyper-rouge lorsque le sang commence à couler)… au risque, d’ailleurs, de faire basculer le film dans quelque chose qui ressemblerait presque à de l’animation. La musique de Sondheim, malgré quelques coupures, est traitée avec beaucoup d’égards et les orchestrations semblent augmentées : les passages avec orgue étaient particulièrement saisissants dans le grand Cinéma Ziegfeld, doté d’un équipement sonore dernier cri ; les chansons “Pretty Women” et “Epiphany” ressortent aussi particulièrement à leur avantage.
Je n’ai pas été gêné par le fait que les rôles aient été distribués à des comédiens qui ne sont pas de grands chanteurs… ni par le léger anachronisme consistant à montrer Tower Bridge au début du film alors que ce pont n’a été inauguré qu’en 1894, plusieurs décennies après l’époque de l’action… ni d’ailleurs par les quelques coupures et rajouts que le scénariste s’est senti obligé de pratiquer, même si je ne les ai pas tous compris. Je n’ai pas compris, par exemple, pourquoi les mots “trumped-up charge” ont été remplacés par “false charge”, ce qui sonne carrément moins bien, sauf à supposer que le spectateur moyen ait besoin qu’on lui traduise tout dans une langue moins complexe.
Ce qui m’a un peu gêné, en revanche, c’est que certaines chansons — comment dire ? — tombent un peu à plat. C’est le cas, en particulier, de “The Worst Pies in London”, la chanson de présentation du personnage de Mrs. Lovett. Cette chanson est une comédie : sur une scène de théâtre, on peut “gérer” le fait qu’un personnage comique apparaisse alors que tout le début de la pièce a été consacré à présenter un Londres sombre et inquiétant dans lequel débarque un personnage mystérieux ; dans le film, le changement brusque d’atmosphère n’est pas accompagné du tout. Résultat : la chanson arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, impression sans doute renforcée par le fait qu’Helena Bonham Carter n’appuie pas beaucoup sur le côté comique de Mrs. Lovett. Le même sentiment de décalage se produit plus tard dans le film, au moment de la chanson qui clôt le premier acte dans la version scénique, “A Little Priest”. On se demande d’ailleurs si le spectateur moyen comprendra vraiment ce que dit cette chanson compte tenu de la façon dont Burton l’a traitée sur le plan de la mise en scène. Curieusement, un peu plus loin, Burton se débrouille très bien pour présenter la dernière chanson comique de la partition, “By the Sea”, avec beaucoup d’humour. Du coup, on se demande pourquoi Tim Burton a absolument tenu à adapter la version musicale de l’histoire de Sweeney Todd alors qu’il en existe tant d’autres versions.
À part cette réserve sur Bonham Carter, ou sur la façon dont Burton traite ses scènes, il n’y a que des louanges à faire aux acteurs : tous les rôles secondaires sont remarquablement tenus, notamment par Alan Rickman, Timothy Spall et Sacha Baron Cohen. C’est également une très bonne idée d’avoir distribué le rôle de Toby à un jeune garçon alors qu’il est généralement tenu sur scène par un jeune-homme nettement plus âgé.
Assez curieusement, la musique utilisée pour le générique de fin est une compilation des chansons du film, mais sans mélodie ni voix : que des accompagnements, comme pour un karaoke…
J'adore Burton et j'attends la sortie du film avec enthousiasme.
J'ignorais totalement, en inculte intégrale, qu'il s'agissait là d'une adaptation de musical!
Je me demande comment s'en sort Johnny Depp qui est toujours très investi dans ses rôles, voire impressionnant chez Burton.
Ces bonnes paroles posées, je profite de ce commentaire pour t'adresser mes meilleurs voeux, en toute chose cela va de soi, pour la nouvelle année ainsi qu'à ceux qui passent régulièrement par ici :).
A bientôt Laurent.
Rédigé par: Lea | 01 janvier 2008 at 23:42
> Quelque chose me dit que les hommes de marketing ne “poussent” peut-être pas beaucoup l’information selon laquelle il s’agit de l’adaptation d’une comédie musicale, de peur de faire fuir une partie du public pourtant fidèle à Burton.
Excellente année à toi aussi, chère Lea.
Rédigé par: Laurent | 02 janvier 2008 at 01:42
Excellente critique!
J'ai vu le film hier, il est magnifique! D'accord pour l'anachronisme, cependant la première scène où apparaît Mrs Lovett ne m'a pas génée autant que toi.
Le côté "ressemble-à-de-l'animation" non plus, disons que c'est la touche Burton! =]
Bonne journée!
Rédigé par: Rose | 31 janvier 2008 at 08:23
Bonjour,
Moi aussi j'adore et j'adorerai toujours Tim Burton. D'ailleur j'ai vu le film et je l'ai adoré. Figurez-vous que mon professeur de théâtre nous a donné pour objectif de jouer un morceau de tragédie, et j'ai pensé à Sweeney Todd dans l'interprétation de Mrs Lovett qui est, normalement, le personnage le plus mis en avant dans la comédie musicale de Stephen Sondheim et aussi personnage que j'adore. Le problême c'est que j'ai quelques difficultés par rapport à l'endrois où je vis qui ne compte aucun magazin de bouquins et où la livraison des livres est très difficile. J'ai donc cherché sur Internet mais pas moyen. Alors si vous pouviez m'indiquez un endrois où je pourrai trouver ne serai-ce qu'un minuscule morceau de la pièce, je vous en remmercierai... Bisous !
Rédigé par: Pommebrune | 08 août 2008 at 04:20