Raimund Theater, Vienne • 8.12.07 à 19h30
Musique : Sylvester Levay. Livret et lyrics : Michael Kunze.
Mise en scène : Francesca Zambello. Direction musicale : Caspar Richter. Avec Wietske Van Tongeren (“Ich”), Uwe Kröger (Maxim de Winter), Susan Rigvava-Dumas (Mrs. Danvers)…
Cette comédie musicale est inspirée par le roman éponyme de Daphné du Maurier, publié en 1938 et dont Hitchcok réalisa une célèbre adaptation cinématographique couronnée par l’Oscar du meilleur film en 1941. Elle est l’œuvre du compositeur Sylvester Levay, déjà auteur avec le même librettiste, Michael Kunze, de la comédie musicale Elisabeth, dont le succès dans les pays germaniques a été phénoménal. (Sylvester Levay est aussi l’auteur du générique de la série télé Airwolf, rebaptisée Supercopter en France.)
La critique de Variety, la gazette du show business, fut dithyrambique lors de la première de Rebecca en septembre 2006. Aussi étais-je curieux de voir l’œuvre qui inspirait autant de louanges.
Il faut dire que le roman de Daphné du Maurier fournit une base parfaite : trois personnages principaux éminemment romanesques et aux contours bien dessinés (Maxim de Winter, le veuf au silence mystérieux ; la narratrice, dont le prénom n’est jamais révélé, jeune-femme naïve et maladroite, qui trouve finalement une force extraordinaire dans l’amour de Maxim ; et la truculente Mrs. Danvers, l’indéchiffrable gouvernante en proie à une fascination malsaine — pour ne pas dire plus — pour feue la première femme de Maxim, la fameuse Rebecca) ; une intrigue aux allures de thriller et pleine de rebondissements ; un lieu à la fois majestueux et mystérieux : Manderley, la somptueuse propriété de Maxim en Cornouailles.
Avec une telle matière première, il y a de quoi bâtir une sacrée épopée théâtrale. Et c’est précisément ce que fait cette production, qui est une merveille sur le plan scénique. La richesse du décor, les transitions quasi-cinématographiques, les effets spéciaux… C’est un véritable festival. Francesca Zambello nous donne à voir un spectacle total, en faisant apparaître et disparaître le gigantesque escalier monumental de Manderley, installé sur un ascenseur tournant au milieu de la scène, ou encore en nous offrant un impressionnant incendie à la fin de la pièce.
La distribution, solide, m’a enfin permis de voir le fameux Uwe Kröger, devenu une star de la comédie musicale depuis qu’il a joué dans Les Misérables. J’ai beaucoup aimé la Mrs. Danvers de Susan Rigvava-Dumas : froide, avec juste ce qu’il faut de soupçon de folie au fond du regard. Elle a de surcroît la chance d’avoir à chanter le thème le plus frappant de la partition, celui que tout le monde chante dans la rue en sortant du théâtre.
Justement… la partition. C’est, à mon sens, le point faible de cette production. Je trouve l’écriture de Levay très rudimentaire, sans grande invention mélodique et sans épaisseur harmonique… et souvent répétitive (on pense beaucoup à Andrew Lloyd Webber lorsque les thèmes du premier acte commencent à être repris les uns après les autres dans le deuxième acte). On entend beaucoup les deux ou trois synthétiseurs qui se trouvent dans la fosse, alors que — c’était la surprise de l’entracte — il y a un monde fou avec de vrais instruments. Un effectif instrumental comme on n’en trouve plus à Londres et à New York et qui devrait permettre, en théorie, de construire un son autrement plus naturel.
Si Levay n’est pas très convaincant pour écrire des chansons, il l’est en revanche beaucoup plus lorsqu’il s’agit de créer une atmosphère avec quelques notes : son passé de compositeur de musique de film lui est alors bien utile. Et puis, il connaît bien les recettes qui font plaisir au public. Aussi prend-il soin de terminer la plupart des chansons sur une grande note tenue aiguë, garantie absolue que le public va adorer. Et ça marche.
Ah! Voilà un prénom qui n'augure que du bon! :)
Serait-ce une adaptation du livre de Du Maurier, Laurent?
Rédigé par : Lea | 13 décembre 2007 à 20:37
> Dans le mille, Lea !
Rédigé par : Laurent | 15 décembre 2007 à 13:16