Metropolitan Opera, New York • 28.12.07 à 19h30
Guerre et paix. Prokofiev (1944-46). Livret du compositeur et de Mira Mendelson, d’après le roman de Tolstoï.
Direction musicale : Gianandrea Noseda. Mise en scène : Andrei Konchalovsky. Avec Irina Mataeva (Natasha Rostova), Alexei Steblianko (Comte Pierre Bezukhov), Vasili Ladyuk (Prince Andrei Bolkonsky), Mikhail Kit (Prince Mikhail Kutuzov / Comte Ilya Rostov), Vassily Gerello (Napoleon Bonaparte), Ekaterina Gubanova (Hélène Bezukhova), Vladimir Grishko (Prince Anatol Kuragin),…
Malheureusement, Valery Gergiev dirige certaines représentations, mais pas celle-ci… Samuel Ramey chante Kutuzov en alternance, mais pas ce soir… et Dmitri Hvorostovsky est à New York en ce moment, mais pour chanter dans Un Ballo in maschera, pas dans ce Война и мир.
N’empêche, cette représentation va directement rejoindre le Top Five de l’année 2007. La partition de Prokofiev est un bijou, en particulier dans la première partie (la “paix”) : une musique ambrée riche en bois et en cordes graves, des couleurs caractéristiques pour chaque personnage, des rythmes en équilibre instable faussement rassurants, des échos de valses et autres danses enivrantes qui se terminent immanquablement sur de vraies-fausses dissonances caractéristiques du compositeur, etc. Et lorsqu’elle devient plus épique dans la deuxième partie (la “guerre”), la partition enfle et trouve un souffle remarquable. À cet égard, l’expérience de Prokofiev comme compositeur de musique de film lui est sans doute précieuse.
Ce qui cette production remarquable, c’est qu’elle parvient à restituer au plan visuel ce que la musique évoque au fil des tableaux. La mise en scène d’Andrei Konchalovsky, qui s’appuie sur un décor éblouissant de George Tsypin, le co-concepteur du Ring du Mariinsky, et des lumières somptueuses de James F. Ingalls, évoque avec autant de bonheur une maison de campagne, un bal dans un palais de Saint-Pétersbourg, les champs de bataille de la campagne de Russie ou encore l’image saisissante d’un Moscou que les Russes préfèrent brûler plutôt que de le laisser à Napoléon.
La rencontre de cette musique magnifique et de ces visuels superbes crée un véritable choc. La distribution, très nombreuse (il y a plus de soixante rôles, sans compter les chœurs), est d’une parfaite homogénéité et nous propose une fresque pleine de souffle, d’émotion, de lyrisme. On n’ose imaginer la quantité de travail que doit représenter la mise en place d’une production d’une telle envergure, mais le résultat est époustouflant.
Malheureusement, les représentations au Met sont outrageusement mutilées par des coupures très généreuses.
Ramey était tout à fait honorable, mais mieux vaut, à ce stade de sa carrière et dans cette langue, un chanteur moins personnel mais plus "équilibré".
Quant à Gergiev, il ne m'avait pas renversé non plus, ici.
Mais c'est un opéra saisissant, oui !
P.S. : On va voir si Typepad me fait moins de misères.
Rédigé par : DavidLeMarrec | 29 décembre 2007 à 19:58
Ça fait quand même encore dans les 4h15 malgré les coupures ; c’est déjà pas mal. C’est sans doute vrai, pour Ramey, mais Mikhail Kit n’était pas très impressionnant, d’autant qu’il n’avais pas l’air très à l’aise avec les rythmes chaloupés de Prokofiev.
Rédigé par : Laurent | 02 janvier 2008 à 01:45