“La Cage aux Folles”
Menier Chocolate Factory, Londres • 16.12.07 à 15h30
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret.
Mise en scène : Terry Johnson. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Philip Quast (Georges), Spencer Stafford (Albin [understudy]), Neil McDermott (Jean-Michel), Alicia Davies (Anne), Jason Pennycooke (Jacob), Iain Mitchell (Edouard Dindon), Una Stubbs (Mme Dindon), Tara Hugo (Jacqueline), Sebastien Torkia (Francis), Nolan Frederick (Chantal), Nicholas Cunningham (Hanna), Ben Bunce (Mercedes), K Murphy (Bitelle), Mark John Richardson (Angélique), Lee Ellis (Phaedra)…
C’est avec une certaine trépidation que j’avais appris que le minuscule théâtre de la Menier Chocolate Factory prévoyait de monter La Cage aux Folles comme spectacle d’hiver. Je n’ai que de très bons souvenirs de tout ce que j’y ai vu, à commencer bien sûr par la somptueuse production de Sunday in the Park With George… qui va d’ailleurs être montée à Broadway dans quelques mois. (Puis il y a eu The Last Five Years, Little Shop of Horrors et Take Flight).
Cette production a été maudite dès ses premiers jours car une partie importante de la distribution a été victime d’une infection respiratoire qui a forcé les producteurs à annuler plusieurs représentations. C’est encore, à ce jour, la doublure du rôle d’Albin qui joue car le titulaire (Douglas Hodge) n’est pas complètement remis. Du coup, la première officielle a été repoussée du 3 décembre au 9 janvier… ce qui est malheureux pour une production qui doit normalement fermer ses portes le 8 mars. Quelque chose me dit, cependant, que les producteurs veulent mettre toutes les chances de leur côté pour que la pièce puisse éventuellement avoir une vie dans le West End après cette série de représentations.
Et elle le mériterait largement. Car, comme tout ce que j’ai vu dans ce petit théâtre, elle est d’une qualité remarquable. Il faut dire que la matière première est riche : la pièce de Jean Poiret est devenue une œuvre culte et la partition de Jerry Herman est délicieuse (ah, ce hautbois !). La Cage aux Folles a d’ailleurs la particularité d’avoir gagné le Tony Award de la meilleure comédie musicale en 1984, face à… Sunday in the Park With George, la première œuvre qui a fait parler de la Menier Chocolate Factory.
Il y a peu de critiques à formuler tellement le spectacle est au point. Le vétéran Philip Quast (vu récemment ici et là) est absolument sensationnel dans le rôle de Georges. Il joue divinement, il chante encore mieux. Spencer Stafford dépasse largement le niveau que l’on attend généralement d’une doublure : il est particulièrement remarquable dans “I Am What I Am” et dans “The Best of Times” (mais un cran en-dessous dans “Mascara”, ma chanson préférée).
Les “Cagettes” sont magnifiques : la petite taille du théâtre crée un rapport au public assez différent et elles en jouent vraiment très bien. “Elles” (cinq hommes travestis et une femme se faisant passer pour un homme travesti) sont aussi parfaites dans leur numéro de claquettes que dans leur can-can ou encore dans les nombreux numéros dans lesquels elles interviennent. On a également la surprise de retrouver une “doyenne” de la scène londonienne, Una Stubbs, dans le rôle de Mme Dindon.
Impossible de réaliser des décors trop sophistiqués, mais la production se rattrape sur la magnificence des costumes. Ma seule réserve concerne d’ailleurs l’abondance de robes sans manches portées par des hommes qui cèdent à la mode des bras hyper-musclés. Ce n’est pas très seyant.
Le petit orchestre de 6 ou 7 musiciens parvient à reproduire l’essentiel de ce qui rend l’orchestration originale si attachante.
Le West End a besoin d’une grande reprise de La Cage aux Folles. Cette petite production serait parfaite.
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