La Monnaie, Bruxelles • 11.11.07 à 15h
Mozart (1770)
Orchestre symphonique de la Monnaie, Mark Wigglesworth. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Bruce Ford (Mitridate), Brian Asawa (Farnace, en remplacement de Bejun Mehta, souffrant), Myrtò Papatanasiu (Sifare), Mary Dunleavy (Aspasia), Veronica Cangemi (Ismene), Maxim Mironov (Marzio), Jeffrey Francis (Arbate).
Le (brillant) conférencier qui proposait quelques mots d’introduction avant la représentation a insisté sur le fait que le jeune Mozart (14 ans) qui écrivit Mitridate avait à peine eu le temps de découvrir les canons de l’opera seria qu’il les bousculait déjà, en faisant sortir l’orchestre de son rôle d’accompagnateur lointain, en n’écrivant pas que des airs solos, ou encore en modifiant le thème des airs lors de leurs reprises (ABA’ au lieu de ABA). Malgré tout, Mitridate est engoncé dans ses contraintes formelles : récitatif, aria da capo, récitatif, aria da capo… tout cela dans un style généralement tellement convenu que j’en suis venu à attendre les récitatifs avec impatience parce qu’au moins il s’y passait quelque chose.
C’est vrai qu’il y a quelques jolies mélodies, que l’air du deuxième acte accompagné par un solo de cor est ensorcelant, qu’il y a un touchant duo qui vient bousculer les conventions formelles… mais tout cela ne permet pas de soutenir l’attention pendant près de quatre heures ! Et puis, à titre personnel, j’ai beaucoup de mal avec ce répertoire dans lequel la tessiture du ténor est ce qui se fait de plus grave.
Par ailleurs, quand on représente une œuvre qui trouve sa raison d’être dans la mise en valeur des capacités vocales pyrotechniques des chanteurs, on s’attend à être saisi par la virtuosité de la distribution. Ce n’est, malheureusement, pas tellement le cas ici : dès le premier air, la pauvre Mary Dunleavy patine dans les vocalises d’Aspasie. (C’est dommage, car elle fait de fort belles choses, qui lui valent d’ailleurs des applaudissements fournis, par la suite.) Il y a de beaux moments dans les prestations de Bruce Ford, de Brian Asawa et de Myrtò Papatanasiu, mais ils sont trop rares.
La mise en scène de Robert Carsen est assez oubliable. Elle transpose l’action dans un monde contemporain qui souligne, assez justement, l’intemporalité de la guerre qui sert de toile de fond à l’action. Mais ce décor de ruine (qui rappelle furieusement le Siegfried de la veille) et ces costumes de junte paramilitaire (qui rappellent furieusement le Ring de Carsen à Cologne) ne font qu’accentuer la fadeur d’une œuvre dont on se surprend à penser qu’elle bénéficierait peut-être de quelques costumes antiques pittoresques et colorés.
Il y a, de toute façon, quelque chose qui tue toute tentative de mise en scène efficace dans un genre qui postule que l’un des protagonistes peut se mettre à chanter à tout moment pour exprimer un état d’âme ou un sentiment qui, par définition, ne s’adresse pas aux autres comédiens mais au public, ce qui impose au metteur en scène de vider régulièrement la scène sans aucune raison dramatiquement valable…
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