“Le Roi Lion”
Théâtre Mogador, Paris • 4.11.07 à 20h
Musique et lyrics : Elton John et Tim Rice. Musique et lyrics additionnels de Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Julie Taymor, Hans Zimmer. Livret de Roger Allers et Irene Mecchi. Adaptation du livret et des lyrics : Stéphane Laporte.
Mise en scène : Julie Taymor. Avec Jee-L (Mufasa), Arnaud Léonard (Scar [remplaçant]), Jérémy Fontanet (Simba), Youcef Zerguine (Simba jeune), Léah Vincent (Nala), Ursula Ravelomanantsoa (Nala jeune), Nella Gonneau (Sarabi [remplaçante]), Zama Magudulela (Rafiki), David Eguren (Zazu), Pierre Becker (Timon [remplaçant]), Fabrice de la Villehervé (Pumbaa), Céline Languedoc (Shenzi), Valéry Rodriguez (Banzai), Mickaël Viguier (Ed)…
J’avais vu la première avant-première publique de ce spectacle mais m’étais alors abstenu de commentaires trop précis car le spectacle était encore vraisemblablement en cours de mise au point.
Adapter un dessin animé musical pour la scène n’est pas une tâche aisée (même s’il y a des précédents plutôt réussis sur le plan artistique en-dehors de l’univers Disney, avec par exemple Li’l Abner en 1956 ou You’re a Good Man, Charlie Brown en 1971, qui donnent vie à des personnages de bande dessinée).
Si la version scénique du Roi Lion a créé l’événement à Broadway en 1997 (puis à Londres un peu plus tard), y compris dans le monde exigeant des cognoscenti de la comédie musicale, c’est sans doute pour deux raisons essentielles : d’une part, parce que Disney a eu l’idée courageuse de donner carte blanche à une artiste issue du milieu du théâtre expérimental, Julie Taymor ; et, d’autre part, parce que la bande sonore un peu insipide du film a été complétée pour l’occasion de compositions d’inspiration africaine qui “collent” beaucoup mieux à l’histoire que la soupe d’Elton John et Tim Rice.
Je me souviens très bien des discussions dans les forums Internet lors de la première du spectacle en 1997. Même les vieux briscards de la comédie musicale, qui affichaient un mépris ouvert pour le monde Disney, qu’ils jugeaient incompatible avec les traditions de Broadway, avaient dû se rendre à l’évidence : le spectacle conçu par Julie Taymor non seulement ne ressemblait en rien à un dessin animé transposé sur une scène, mais il était en plus d’une inventivité visuelle étourdissante. À peu près tout le monde avouait avoir versé une larme lors de la scène d’ouverture, “The Circle of Life”, qui était éblouissante sur la scène du New Amsterdam Theatre, un vénérable et magnifique théâtre de la 42ème rue que Disney a restauré avec amour.
(Disney a aussi produit de mauvais spectacles pour Broadway : les adaptations d’Aida et de Tarzan étaient à mon sens assez ratées, même si tout n’était pas à jeter. Pour ma part, en revanche, j’ai beaucoup aimé la version scénique de Beauty and the Beast, bien qu’elle ait été conçue visuellement comme une copie du dessin animé. Les prochaines productions annoncées par Disney pour Broadway sont The Little Mermaid et Finding Nemo : j’ai d’assez mauvais pressentiments dans les deux cas, mais je ne demande qu’à avoir tort.)
Que dire de cette version française ? Avant tout, que c’est bien sûr la copie à peu près conforme de l’original. Ensuite, que la magie de la version originale se retrouve en bonne partie dans le spectacle présenté au Théâtre Mogador, avec malgré tout quelques petites réserves.
En premier lieu, il y a quelque chose dans la configuration du Théâtre Mogador, pourtant de taille imposante (1600 places), qui crée une impression de grande proximité de la scène. Dans le cas du Roi Lion, cette proximité casse un tout petit peu la magie du spectacle, d’autant que les lumières, assez crues, ne créent aucune distanciation et que la scène est finalement assez petite. On voit un peu trop les détails des éléments de décor, des costumes… Je reconnais que ce point est éminemment subjectif, mais il je l’ai ressenti assez nettement lors des deux représentations auxquelles j’ai assisté.
Et puis il y a aussi la difficulté, bien compréhensible, de trouver en France des comédiens capables de jouer la comédie, de chanter et de danser avec le même bonheur. Du coup, bien entendu, la distribution est un peu inégale. Le Mufasa de Jee-L et le Simba de Jérémy Fontanet sont tous les deux assez crispants dans les scènes parlées. Pour le premier, il n’y aurait sans doute pas grand’ chose à changer : il faudrait que quelqu’un lui explique, par exemple, que personne ne prononce “couchera” ou “lèvera” en trois syllabes. Pour le second, il y a plus de travail…
Il y a également de bonnes, voire de très bonnes surprises, par exemple du côté des enfants (qui me donnent pourtant habituellement des boutons sur scène), du Zazu de David Eguren, des trois hyènes hystériques, ou encore du Scar d’Arnaud Léonard. Ce dernier a constitué une très bonne surprise, car le Scar de la première avant-première — dont je ne sais pas dire si c’était le même acteur car je n’avais pas pris la liste des comédiens, distribuée sur feuille volante — m’avait beaucoup agacé à cause de son habitude d’insérer de longs silences entre toutes ses phrases.
Le dernier point qui m’a frappé est le relatif manque de fluidité du déroulement du spectacle qui, en tout cas lors de cette représentation, a multiplié les “carafes”, les moments où, inexplicablement, il ne se passe rien. Ça a été le cas à la fin du tableau “Le Cercle de la vie”, puis à nouveau deux ou trois fois dans le reste du spectacle (dont une fois vers la fin parce que l’un des comédiens s’est trouvé coincé par un élément de décor).
Je veux bien reconnaître que je cherche un peu la petite bête, mais la société Stage Entertainment, qui produit ce Roi Lion et dont j’ai vu des spectacles aux Pays-Bas, a normalement des standards de qualité presque équivalents à ceux de Broadway. Ici, on n’y est pas encore tout à fait.
Cela étant, il ne faut pas bouder son plaisir de voir enfin à Paris quelque chose qui ressemble à un spectacle professionnel et qui préserve une bonne partie des moments de bonheur de la production originale, notamment la variété extraordinaire des idées visuelles de Julie Taymor et la chaleur réjouissante de la partition (du moins pour la partie non commise par Elton John). Il y a une scène à couper le souffle sur le plan visuel dans le deuxième acte : je l’attends toujours avec beaucoup d’impatience et elle ne perd rien de sa magie, même après plusieurs représentations.
Il faut espérer que ce spectacle trouvera un large public et que Paris réussira à surmonter ce handicap un peu curieux qui semble bannir la comédie musicale de ses théâtres.
Je profite de la représentation pour faire un tour dans les espaces publics que Stage a adjoints au théâtre en achetant purement et simplement le bâtiment voisin. Ils sont particulièrement accueillants et chaleureux, en contraste avec beaucoup de théâtres parisiens. Les propriétaires de Stage, le couple Van den Ende, y expose une partie de sa collection d’art contemporain : c’est plutôt intéressant, contrairement à ce que laissait supposer l’œuvre mise en avant dans la communication en direction de la presse, que je trouve franchement hideuse.
Ca y est je l'ai vu !! Je suis conquis, mais j'ai aussi les mêmes petites remarques perfides... ;))
Rédigé par: Matoo | 11 décembre 2007 at 23:01
> J’espère que tu vas nous écrire tout ça…
Rédigé par: Laurent | 11 décembre 2007 at 23:39
trop bien la comedir et tt les artiste mais surtout youcef t trop fort
Rédigé par: tiitak | 28 février 2008 at 17:54
A noter que pour la seconde saison la distribution a changée. J'interprète maintenant le rôle de Timon et plus celui de Ed et plusieurs de mes camarades de jeu ont quittés la scène et ont été remplacés par d'autres.
J'aimerai aussi ajouter que dans la façon de dire le texte: "couchera" comporte bien 3 syllabes et dans plusieurs écoles de théâtre("Florent", Conservatoire national et autres) c'est bien comme cela que l'on nous demande de dire certains textes.
La faute ne revient donc pas forcément à l'artiste mais à celui qui le dirige.
Rédigé par: Viguier Mickaël | 09 octobre 2008 at 12:39
> Merci pour ce commentaire, Mickaël. Je comprends ce que vous dites sur la prononciation, mais je persiste à penser que, dans un texte aussi peu “littéraire” que celui du Roi Lion, les trois syllabes ne “passent pas”. (Dans Molière, je ne dis pas.) Je suis bien d’accord que la faute n’en incombe pas nécessairement à l’artiste.
Rédigé par: Laurent | 18 octobre 2008 at 01:01
Eh oui un an après, le spectacle est toujours là, et toujours aussi magique !
Dans les nouveautés, le metteur en scène nous propose un blog www.blog-leroilion.fr ou il nous permet de découvrir un peu les coulisses, c très sympa .. En plus il est très réactif quand on pose des questions !
Rédigé par: Jess | 30 octobre 2008 at 14:47
Eh oui un an après, le spectacle est toujours là, et toujours aussi magique !
Dans les nouveautés, le metteur en scène nous propose un blog www.blog-leroilion.fr ou il nous permet de découvrir un peu les coulisses, c très sympa .. En plus il est très réactif quand on pose des questions !
Rédigé par: Jess | 30 octobre 2008 at 14:48
Ce blog reste quand même très subjectif et les commentaires sont filtrés...Il ne parle pas de tous les problèmes que les artistes rencontrent avec la direction par exemple ou il ne dit pas que la plupart des musiciens seront remplacés par des synthés lors de la saison qui arrive...
Rédigé par: Edtiza | 27 juin 2009 at 15:27