Salle Pleyel, Paris • 5.11.07 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Esa-Pekka Salonen
Intégrale des symphonies de Sibelius, II
Sibelius :
– Symphonie n°6
– Sept Chants (op. 17 n°4 et 6 ; op. 36 n°1 et 4 ; op. 37 n°3, 4 et 5 ; orchestration de John Estacio) (Ben Heppner, ténor)
– Symphonie n°5
J’attaque en cours de route l’intégrale des symphonies de Sibelius proposée par le Los Angeles Philharmonic, actuellement en tournée en Europe. Curieusement, la salle n’est pas pleine à craquer, alors que l’événement est de taille… et qu’on ne peut pas dire que les salles parisiennes nous abreuvent d’œuvres du compositeur finlandais, mort il y a 50 ans.
Ça commente très fort, avec une sixième symphonie d’une beauté confondante : elle semble faite de thèmes légers qui se laisseraient ballotter par un vent doux et changeant. La musique est comme soumise à une succession irrégulière de souffles vaporeux qui évoquent des mondes étranges et fascinants. L’orchestre joue dans un ensemble comme on n’en entend guère : il semble n’y avoir qu’un instrument par section, et cela malgré la direction fluide de Salonen, qui sublime l’âme de cette musique en variant les nuances et le tempo.
Puis arrive Ben Heppner, qui interprète sept chants en suédois et en finnois, dont la partie de piano originale a été orchestrée par John Estacio (sauf pour l’op. 37 n°3, orchestré par Sibelius lui-même). Heppner est en formidable chanteur, même si son autorité naturelle semble parfois en léger décalage avec les textes très allégorico-bucoliques.
La deuxième partie, consacrée à la sublime cinquième symphonie, se classe directement au sommet du palmarès des concerts entendus ces dernières années. C’est en chef visionnaire que Salonen accompagne la symphonie vers son inéluctable dénouement orgastique — malheureusement gâché par des applaudissements précoces mais prévisibles. L’interprétation est tellement intense et tellement parfaite que l’on atteint des sommets de plaisir. Ça remue les tripes comme rarement.
Triomphe mérité pour les interprètes, qui proposent en bis la scène finale du Pelléas et Mélisande de Sibelius, la “Mort de Mélisande”. C’est le bis idéal, tellement les musiciens semblent libérés de toute contrainte technique. Leur interprétation est d’un lyrisme ensorceleur : intense, magique, bouleversant.
Concert d’anthologie. L’acoustique de Pleyel convient merveilleusement au son de l’orchestre.
Eh bien ! Encore une fois on est d'accord ! (pas étonnant). Où étiez-vous (j'étais à l'orchestre C 105, à côté de Philippe Labro, avec qui j'ai échangé des banalités...). Je suis littéralement fasciné par ce sacré Salonen. J'ai également posté une note hier soir sur ce concert mémorable (http://lepoissonreveur.typepad.com/le_poisson_reveur/2007/11/sibelius-par-sa.html). Quelle 5ème de Sibelius ! L'intensité de l'interprétation et la tension sidérante que le chef a imprimée m'ont également bouleversé. En 2006 c'était Salonen qui m'avait offert mon plus beau concert (L'oiseau de feu de Stravinsky). Il va certainement faire un doublé en 2007 ! J'ai bien aimé le chant ardent de Ben Heppner. Tout cela avec l'acoustique de Pleyel, un immense plaisir en effet.
Rédigé par: Philippe Delaide | 07 novembre 2007 à 20:04
> J’ai lu :-) J’ai résisté à la tentation de vous corriger sur un détail (l’intégrale est donnée sur quatre soirées, pas trois).
Je suis bien d’accord avec vous sur le thème récurrent du dernier mouvement, qui est ensorcelant.
J'étais au premier balcon, A215, l'une de mes places préférées (même si elle n’est pas terrible pour les longues jambes).
Rédigé par: Laurent | 07 novembre 2007 à 21:27
Je corrige, quand c'est faux, on corrige ! NB : je ne suis pas sûr qu'à l'Orchestre on embrasse de façon aussi complète la sonorité majestueuse du LAP.
Rédigé par: Philippe Delaide | 07 novembre 2007 à 21:39
Je suis absolument d'accord avec vous. Je suis littéralement hanté par SIbelius, et ce qu'en a fait Salonen est d'une beauté absolument prodigieuse (mise à part la quatrième symphonie, la plus radicale des oeuvres du maître, qui tendaient à Salonen le piège de sa grande modernité, dans lequel il s'est engouffré pour une lecture trop analytique, qui accentuait le caractère discontinu, voire décousu de l'oeuvre.) En tous cas, ce concert est mémorable. Avez-vous idée que Radio Classique a diffusé ce concert de la 5e en DIRECT, et que ces braves gens ne veulent pas vendre leur archive ? Je sais bien qu'il y a des question de droit, mais je pense qu'un achat permettrait de les acquitter! Avez-vous une idée, pour extorquer cet enregistrement à la radio ?
Rédigé par: pascal B. | 17 novembre 2007 à 23:23
> Malheureusement, je crains que ce soit bien difficile. Avez-vous regardé si par hasard les autres représentations de la tournée (Londres, Madrid, etc.) auraient donné lieu à des diffusions qui resteraient disponibles sur Internet ?
Rédigé par: Laurent | 18 novembre 2007 à 16:09
Je n'ai rien vu ; si vous avez une idée de génie, vous êtes le bienvenu!
Rédigé par: pascal B. | 18 novembre 2007 à 20:38
Je ne possède malheureusement que la premiere partie du concert diffusé le lundi 7/10/07 de la salle PLEYEL en direct sur radio classique sur MP3 des chants de SIBELIUS en SUEDOIS interprétés par B
BEN HERPNER et la SYMPHONIE;
je suppose possible de récupérer le fichier pour ceux qui seraient interessés.
Rédigé par: GUY | 21 décembre 2007 à 16:29