Royal Opera House, Londres • 31.10.07 à 17h
Richard Wagner (1876)
Mise en scène : Keith Warner. Direction musicale : Antonio Pappano. Avec John Treleaven (Siegfried), Lisa Gasteen (Brünnhilde), John Tomlinson (Wanderer/Wotan), Gerhard Siegel (Mime), Peter Sidhom (Alberich), Phillip Ens (Fafner), Catherine Wyn-Rogers (Erda), Ailish Tynan (l’Oiseau de la forêt).
Ça se confirme : j’ai vraiment du mal à me passionner pour Siegfried, avec ses répétitions et ses longueurs. Par chance, c’est dans ce volet de la Tétralogie que Keith Warner déploie le plus d’idées intéressantes. Sa mise en scène est remarquable non seulement en ce qu’elle colle au texte, mais aussi par son attention à la musique.
Dans le prologue, on voit Mime élever Siegfried : il commence par confier une minuscule épée à une main qui sort d’un landeau, tout en jouant le rôle du méchant dragon qui s’approche du bébé pendant que le leitmotiv de Fafner se fait entendre à l’orchestre. Puis on le voit éduquer un Siegfried adolescent (il écrit notamment “E=MP3” sur le décor qui sert de tableau noir… un clin d’œil plutôt amusant)… avant que n’apparaisse Siegfried adulte, joué par John Treleaven.
Le hic, c’est que Treleaven n’a pas vraiment la voix pour chanter Siegfried, rôle ardu s’il en est. Il souffre beaucoup dans les deux premiers actes et tous les passages “héroïques” sont ratés. Le reste de la distribution, en revanche, s’en sort très bien, y compris John Tomlinson, qui peut davantage se lâcher que dans Walküre puisque son rôle est considérablement plus court dans ce volet.
On apprécie particulièrement la direction attentive et expressive de Pappano, qui fait ressortir des motifs que l’on n’entend pas toujours. Il insiste particulièrement sur la récurrence du motif de Fafner dans le premier acte.
Le dernier acte, interminable, est pourtant très réussi : Tomlinson réussit sa sortie en beauté ; Treleaven semble plus en confiance ; on retrouve la magnifique Brünnhilde de Lisa Gasteen, à l’aise dans tous les registres de son personnages. La mise en scène, à la fois sobre et élégante, est d’une grande efficacité, même si certains choix laissent interrogateur (Wotan “tue” Erda avec sa lance).
À la fin, c’est clair : la fin des Dieux est en marche.
Flûte, j'ai répondu dans l'après-midi, mais j'ai manifestement oublié de confirmer le code visuel et fermé d'emblée la fenêtre... c'est malin.
J'ergotais sur les durées wotaniennes. Je vais voir si j'ai un reliquat quelque part, à plus tard.
C'était initialement Terfel de prévu ici aussi ?
Rédigé par : DavidLeMarrec | 01 novembre 2007 à 22:56
> Ne me dis pas que tu as compté le nombre de mesures de Wotan dans Walküre et dans Siegfried… N’a-t-il donc pas “considérablement” moins à faire dans Siegfried?
Oui, ça devait être Terfel. Quel dommage…
Rédigé par : Laurent | 02 novembre 2007 à 03:07
Tu as vu clair… tout portait sur le _considérablement_. :)
J’ai retrouvé :
« Considérablement plus court ?
Pourtant, Wotan n'intervient de façon significative que dans la première partie du II et dans les deux derniers tiers du III, pour Walküre.
Tandis que le Wanderer intervient à de multiples reprises, face à chaque personnage pivot : Mime, Alberich, Erda, Siegfried. Certes de façon plus brève, mais le rôle reste tout de même tout aussi considérable, meme s’il ne présente pas les mêmes difficultés, notamment du côté de la réserve de graves, de l'air final, de certains aigus...
Je serais curieux de voir les minutages, mais on a en tranches quelque chose qui ne doit pas être si considérablement inférieur à Walkure. Au moins les deux tiers du temps, je dirais, si ce n'est les trois quarts.
C'était l'ergotage du jour. »
Prévisible, n’est-ce pas ? :)
Rédigé par : DavidLeMarrec | 02 novembre 2007 à 16:55
> Tu as sans doute raison, mais dans Walküre ça ressemble plus à une course d’endurance, notamment dans le III, que dans Siegfried, où ses interventions sont plus espacées.
Ce serait intéressant de pouvoir lire ou entendre ce qu’en pense un chanteur qui s’est frotté au rôle.
Rédigé par : Laurent | 04 novembre 2007 à 03:10
[J'arrive enfin à te répondre... connexion capricieuse depuis dimanche, et Typepad me faisait planter systématiquement le navigateur...]
Tout à fait, le III est redoutable ; et précisément, les chanteurs sont préoccupés par leur fraîcheur pour les Adieux si attendus.
En difficulté vocale, ensuite, ça ne me paraît pas si limpide. En valeur absolue, vocalement, Wotan n'est pas si difficile ; c'est la longueur et la puissance de l'orchestre surtout qui sont une gêne.
De ce point de vue, Walküre est un immense récitatif, donc pas si terrible que ça. Mais il y a ces deux vocalités, entre le monologue du II et le reste... Et là, c'est plus compliqué. Soit on prend un baryton, qui ne pourra pas faire les graves, et risque souvent de peiner côté puissance dans les tutti. Soit on prend, comme il faudrait, une (rare) voix plus grave, mais dans ce cas les nombreux aigus risquent coûter physiquement.
En ce sens, même si le Wanderer est plus suivi par l'orchestre, il est nettement moins exigeant. On voit d'ailleurs, fait significatif, souvent les distributions changer de Wotan pour Walküre dans les intégrales...
Rédigé par : DavidLeMarrec | 07 novembre 2007 à 20:31
> Désolé pour les difficultés liées à Typepad…
“Soit on prend, comme il faudrait, une (rare) voix plus grave, mais dans ce cas les nombreux aigus risquent coûter physiquement.“
Il faut Bryn Terfel, quoi… (ou James Morris…)
Rédigé par : Laurent | 07 novembre 2007 à 21:46