Royal Festival Hall, Londres • 5.10.07 à 19h30
Chicago Symphony Orchestra, Riccardo Muti.
Tchaïkovski : symphonie n°6, “Pathétique”
Hindemith : Nobilissima visione – Suite
Scriabine : Le Poème de l’extase
Où l’on retrouve, de l’autre côté de la Manche, le Chicago Symphony Orchestra, vu à Pleyel il y a quelques jours pour un concert fort décevant.
Ça commence assez mal, avec une Pathétique poussée au-delà des limites du supportable : Muti étire les lignes mélodiques jusqu’à la rupture ; il se concentre uniquement sur le phrasé au détriment de la couleur et du rythme ; les cordes sont tellement legato, avec des coups d’archet de trois kilomètres, que ça en devient presque écœurant. La musique de Tchaïkovski a besoin de rester plus nature.
La deuxième partie remonte nettement le niveau. Les deux pièces proposées sont de petits chefs d’œuvre : chacune à sa façon exalte une forme de sensibilité mystique ; chacune s’achève sur une sorte d’éblouissante vision solaire. Le style Muti convient infiniment mieux à ce répertoire. L’orchestre semble particulièrement en phase avec cette musique, notamment dans le Scriabine, où les cuivres (fort nombreux) se déchaînent dans le final.
Muti (qui, manifestement, voyage avec son podium recouvert de moquette bordeaux) prend la parole : on ne peut pas décemment jouer de bis après le Poème de l’extase… mais, allez, on va le faire quand même. Il a choisi le “troisième entracte” de Rosamunde de Schubert. Dès les premières notes, on sent que quelque chose de pas banal est en train de se produire. Le public devient parfaitement silencieux et attentif. Un irrésistible moment de grâce s’installe à Festival Hall. L’introduction du thème principal par les cordes est sublime ; puis le dialogue qui s’engage avec l’harmonie est bouleversant. Le tempo très lent, qui allait si mal à la Pathétique, fait des merveilles pour la divine musique de Schubert. Muti, qui assure aussi le spectacle visuel, s’arrête de diriger de temps en temps et il regarde le concertmaster comme s’il était en train de vivre une expérience mystique. C’est le cas, en tout cas, d’une partie du public. Quand je regarde autour de moi, à la fin, trois autres spectateurs sont en train de sécher leurs larmes. Une dame au premier rang est encore en train de pleurer lorsque je passe devant elle pour sortir. Près de deux heures plus tard, j’en ai encore la gorge serrée.
Pas étonnant que sur le Scriabine avec beaucoup de cuivres le CSO ait brillé. Je trouve que l'opulence sonore des cuivres est une marque de fabrique des grands orchestres américains. D'aucuns ne trouveront pas cela toujours très fin. Question de sensibilité. Chicago qui raconte Scriabine sous la baguette du plus latin des chefs italiens... Cela doit être quelque chose... Sur Rosamunde, cela ressemble à cette alchimie qui opère souvent sur un bis car les interprètes se relâchent et se dévoilent enfin. Je me souviens d'un mouvement d'une sonate de Mozart en bis par Kristian Zimmerman il y quelques années qui avait conduit à un silence absolu et une émotion d'une intensité rare à Pleyel. Visiblement bonne pioche que ce concert du 5 octobre, surtout pour le bis !
Rédigé par : Philippe Delaide | 07 octobre 2007 à 18:12
> Oui, c’est vrai que les bis peuvent être des moments rares, surtout si les musiciens, après un numéro de bravoure, n’ont plus besoin de se concentrer sur leur technique et peuvent tout donner à l’interprétation.
Oui, bonne pioche, en effet. C’était un de ces moments dont on aurait presque envie de dire qu’ils donnent un sens éclatant à la vie.
Rédigé par : Laurent | 07 octobre 2007 à 21:06