Opéra Bastille, Paris • 11.6.07 à 19h
Richard Wagner (1850).
Direction musicale : Valery Gergiev. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Ben Heppner (Lohengrin), Mireille Delunsch (Elsa), Waltraud Meier (Ortrud), Jean-Philippe Lafont (Telramund)…
Après une telle représentation, on ne peut plus douter que Lohengrin soit l’un des chefs d’œuvre absolus du répertoire lyrique. Je peux comprendre que l’on soit imperméable aux charmes des œuvres de jeunesse de Wagner ou à ceux de la Tétralogie… mais la partition de Lohengrin est d’une telle clarté, d’un tel équilibre, d’une telle évidence qu’elle en devient proprement irrésistible. Pour ma part, j’ai été scotché sur mon siège pendant quatre heures.
Quand le Gergiev des bons jours sort le grand jeu, il coupe le souffle par la profondeur de sa lecture et par l’intensité de sa direction. Le prélude du premier acte, tout en tensions, aurait suffit à lui seul à justifier le prix du billet. Et puis on ne peut que tirer son chapeau à une telle distribution : Waltraud Meier, proprement impériale tellement elle domine son rôle de bout en bout et parvient à accrocher des aigus improbables sans effort visible et sans rupture stylistique ; Ben Heppner et Jean-Philippe Lafont, irréprochables ; Mireille Delunsch, à la voix cristalline et diaphane, extrêmement touchante malgré quelques toutes petites difficultés pour tenir la distance dans les derniers instants.
Quant à la mise en scène, mon admiration sans borne pour Robert Carsen ne m’empêche pas de reconnaître qu’elle est indigne du Canadien par ses visuels glauques, l’indigence de sa direction d’acteurs et, surtout, son incapacité chronique à faire quelque chose du chœur (par ailleurs tout à fait honnête), posé là comme une masse inerte qui, dès la première scène, n’exprime pas le moindre début de réaction aux propos du roi Heinrich.
Mais qu’importe la mise en scène lorsqu’on se régale d’un tel festin musical. La longue scène entre Elsa et Ortrud dans le deuxième acte, en particulier, est un moment sublime et bouleversant.
Oui Laurent : Meier sublissime sans aucun doute et très nettement dans la maîtrise totale du rôle à tous points de vue et c'est tant mieux parce que l'Acte Deux qui est de loin la meilleure partie de l'oeuvre en a été pour le coup sublimé.
Enfin une chanteuse qui n'est pas obligée de hurler pour être entendue chez Wagner et qui peut s'offrir et nous offrir le luxe des nuances!! Quand je pense que pendant l'ensemble et les choeurs elle passait au-dessus sans crier, j'en suis encore rêveuse..
J'attends sa Kundry de la saison prochaine de pied ferme (Dieux quand je pense à la longueur de Parsifal!! sourire..)
Pour ma part c'est Meier qui justifie le prix du billet..
Quelques jours avant vous j'avais trouvé Heppner fatigué, mais un ami qui y était encore trois jours avant moi m'avait dit qu'au deuxième entracte on avait annoncé qu'il était malade, ceci expliquant cela..
Delunsch m'a agréablement surprise sur le global car je ne la savais pas capable d'un tel phrasé ni même d'être Elsa.
Quant à la mise en scène de Carsen elle m'a paru conforme à la mélancolie et au pessimisme de l'oeuvre même si tendancieuse eu égard à l'époque de transposition choisie (qui reflète entre autres le désespoir lié à une recherche désespérée du "Guide") et inévitablement statique (les lignes "pures", le La Majeur, etc, ne valant pas l'audace du traitement Friedrich/Ortrud..). Mais dans la mesure où non wagnérienne je m'attends toujours à m'ennuyer à un moment ou à un autre, je suis loin d'être excellent juge en ce domaine précis.
Toutefois une certitude musicale : la soirée "avec Ortrud" valait clairement le déplacement.
Rédigé par : Lea | 13 juin 2007 à 07:11
Avec plein d'armures rutilantes et un peu de kitsch médiéval teuton, ç'aurait été plus efficace pour la partie "conte". Parce que là le cygne phtisique et les décors MadMax, c'est vrai que ce n'était pas top convaincant. :)
Rédigé par : Matoo | 13 juin 2007 à 12:30
Oui, moi aussi j'ai été un peu géné par l'embarras avec lequel il a traité les choeurs, malgré quelques beaux mouvements de groupe (notamment fin du 2). Mais pour le décor, j'ai assez aimé l'idée d'un théatre en ruine (on pourrait imaginer les ruines de l'opéra de Dresde aprés les bombardements), sur la scene duquel prend place le "merveilleux" (arrivée de Lohengrin, que seul Carsen peut traiter ainsi sans ridicule).
Scotché aussi par Delunsch que je n'imaginais pas à la hauteur du rôle : trés belle ligne vocale compensée par une sorte de fragilité.
Scotché aussi par Laffont qui gueulait moins que d'habitude...
Bon evidemment rien à dire sur Heppner et Meier qui n'aient déjà été dit. Tout simplement somptueux. Une bien belle soirée.
Petite anecdote : dans la queue à coté de moi, un allemand qui avait été voir The Frogs dans une piscine de Chicago, alors j'ai pensé à toi... Tu les a vu aussi ?
Rédigé par : Ouf1er | 13 juin 2007 à 13:40
Avez-vous vu cette version parue en DVD mise en scène par Friedrich? Mise en scène un peu plus "classique" et bayreuthienne, une bonne distribution d'ensemble et un rythme plus "vif"..
http://maschere.typepad.com/photos/versions/lohengrin.html
J'ai l'impression que quelle que soit la mise en scène, Lohengrin n'a pas vraiment le même rythme d'enchaînement que Ben-Hur ou bien c'est moi :) :) :)
Bon, mais "en mise en scènes Wagner" je ne suis pas du tout au top, mais alors pas du tout!!
Rédigé par : Lea | 13 juin 2007 à 13:56
Ouf > Çe ne m’a pas effleuré que le décor représentait un théâtre. Soit j’étais très fatigué, soit cela ne sautait pas aux yeux…
J’ai vu The Frogs deux fois (Londres en concert et New York), mais sans piscine. Je crois avoir entendu parler de cette production de Chicago.
Lea > Non, je ne connais pas cette version. J’essaie d’arrêter d’acheter des DVD car je ne trouve jamais le temps de les regarder…
Matoo > Oui, de temps en temps on a envie d’une bonne vieille mise en scène littérale. Ça devient assez rare, me semble-t-il.
Rédigé par : Laurent | 16 juin 2007 à 13:53