“The Cherry Orchard”
Crucible Theatre, Sheffield (UK) • 7.4.07 à 19h30
La Cerisaie (Вишневый сад), Anton Tchekhov (1903).
Version anglaise de Pam Gems d’après une traduction de Tania Alexander. Mise en scène : Jonathan Miller. Avec Joanna Lumley (Madame Ranevskaya), Tom Mannion (Lopakhin), Annabel Scholey (Anya), Lisa Dillon (Varya), Tobias Menzies (Trofimov)…
Les pièces de Tchekhov reposent sur un subtil équilibre entre l’atmosphère et les mots. Le Crucible de Sheffield n’est pas le lieu idéal pour créer l’atmosphère idoine : c’est un théâtre “in the round” (en amphithéâtre, avec une scène entourée de gradins sur trois côtés), à l’acoustique assez critiquable. Le travail remarquable sur la lumière (Tim Mitchell) et sur la musique et les bruitages (Adam Cork) permet malgré tout d’évoquer cette Russie de la fin du 19ème siècle dans laquelle les repères se modifient rapidement.
La Cerisaie met en effet en scène les profonds bouleversements consécutifs à l’abolition de la servitude en 1861 : déclin de l’aristocratie oisive profitant de ses esclaves pour vivre gratuitement sur ses domaines, apparition d’une élite intellectuelle et d’une classe moyenne de commerçants, développement des villes. Quand le marchand Lopakhin (joué par Tom Mannion avec un accent écossais à couper au couteau, ce qui est un peu déstabilisant) finit par acheter la maison de madame Ranevskaya, criblée de dettes, alors qu’il est fils et petit-fils de serfs, il est évident que les représentants de l’ancien monde, Ranevskaya en tête, sont incapables de comprendre ce qui se passe.
Cette incapacité à saisir le sens de l’histoire est fort bien mise en scène par Jonathan Miller, un comédien et metteur en scène anglais très connu qui avait abandonné la mise en scène de théâtre depuis dix ans. Il est amusant de retrouver Joanna Lumley et ses intonations si caractéristiques dans un rôle pour le moins différent de ses apparitions dans The Avengers ou Absolutely Fabulous. Elle s’en sort fort bien, même si sa madame Ranevskaya a l’air un peu anesthésiée par moments ; l’aristocratie russe de Tchékov est sans doute un peu plus passionnée que cela.
Beaucoup de larmes sur les visages des comédiens lors des saluts car c’était la dernière représentation.
Tiens, j'aurais été curieuse de voir comment se débrouille Tobias Menzies au théâtre. Je le trouve pour l'instant guère convaincant sur les petits et grands écrans. Bah!
Et félicitations pour votre blog, que je n'ai commencé à lire que très récemment!
Rédigé par: Klari | 09 avril 2007 at 13:18
> Bienvenu, Klari. Merci pour le commentaire et pour le compliment.
J’avoue humblement que je connaissais pas Tobias Menzies avant de voir la pièce. J’ai dû l’apercevoir dans Finding Neverland, mais “Theatre Patron” n’a pas l’air d’être un gros rôle. Et je n’ai toujours pas vu Casino Royale (gros retard de cinéma). Apparemment, il tient un rôle important dans Rome… Je ne pense pas que je regarderai cette série un jour.
Je l’ai trouvé tout à fait correct dans le rôle de Trofimov, l’éternel étudiant idéaliste dont le comportement annonce beaucoup des révolutions à venir.
Rédigé par: Laurent | 09 avril 2007 at 23:41